Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Un site d’expérimentation pour les grandes cultures bio au lycée agricole de Auch

Novembre 2016 - Bertrand Minaud (animateur du réseau Formabio MAAF/DGER) 

La Hourre, l’un des trois sites de la ferme du lycée agricole de Auch, est conduit en agriculture biologique depuis 1999. Les 55 hectares gérés par l’établissement sont aussi un support d’étude et d’expérimentation pour le centre régional de recherche et d’expérimentation en agriculture biologique de Midi-Pyrénées (CREAB) .

La bio, îlot de stabilité dans une ferme en mutation

Bâtiment traditionnels au siège de la ferme de Beaulieu
(Photo C Thill)

Dans un paysage tranquillement vallonné, le chemin qui mène au lycée agricole de Auch Beaulieu Lavacant est bordé sur sa droite par un verger. « C’est un petit verger conservatoire » indique Caroline Thill la jeune directrice de la ferme. Pour ce verger, on ne parle pas de bio mais Caroline le qualifie de « nature » dans le sens où la conduite de cet espace pédagogique se fait sans intervention sur les arbres avant récolte et sans désherbage chimique. Quelques centaines de mètres plus loin se trouvent le siège de la ferme avec ses bâtiments traditionnels et la stabulation plus récente. Toutefois, malgré la présence de quelques bottes de foin résiduelles, on ne trouve plus d’animaux à Beaulieu. En effet, pour des raisons économiques, l’activité bovin lait a cessé en avril 2014. La ferme est en pleine restructuration.


Bâtiment ancien de la ferme où sont stockées les dernières bottes de foin.
(Photo JM Morin)

Avec un salarié pour mener à bien les travaux, elle est maintenant spécialisée dans les grandes cultures sur 220 ha répartis en trois sites dont deux conduits en agriculture conventionnelle.

Sur le site de la Castagnère (83 ha), situé à dix kilomètres du lycée, la rotation est simplifiée (soja/blé/orge). Une parcelle de neuf ha d’agroforesterie est en place depuis près de dix ans.

Sur 77 ha, à Beaulieu, « comme on est à proximité des élèves et étudiants, on cherche à diversifier au maximum les cultures pour répondre au mieux aux besoins pédagogiques, en introduisant par exemple des cultures porte graines » précise Caroline. C’est la stratégie adoptée depuis qu’il n’y a plus de ruminants à nourrir.

La Hourre n’a pas été impactée par l’arrêt de l’élevage, « le choix ayant été fait dès 1999 d’une conduite sans fumiers ni lisiers pour correspondre aux situations de la majorité des agriculteurs bio de la région » explique Loïc Prieur, chargé de mission au CREAB.

Symbiose entre la ferme du lycée et le CREAB ?

Parcelle de blé et féverolle cultivés en mélange.
(Photo JM Morin)

Les relations qui lient l’établissement et le CREAB remontent au début de l’exploitation en bio du site de La Hourre et sont très liées à l’histoire de ce site qui appartient à une fondation gérée majoritairement par le conseil départemental du Gers. Pour y accéder, vous passez dans un parc paysager magnifique qui mène tout à la fois aux bâtiments du conseil départemental et à la ferme de la Hourre. Pour Loïc Prieur, « il faut gérer le site de manière la plus propre possible, dans tous les sens du terme, question d’image ! ».

 Si dans leur très grande majorité les travaux sont bien réalisés par le lycée, l’assolement et les choix techniques sont discutés entre les deux partenaires. Pour ce qui est des expérimentations, le CREAB décide de leurs modalités et en assure le suivi. Bien que le site bio soit situé à quelques kilomètres (en zone péri-urbaine) du lycée, les deux chargés de mission du CREAB disposent de bureaux à Beaulieu, ce qui facilite grandement les échanges avec la directrice et le salarié de la ferme.  

Le CREAB :

Structure associative professionnelle de Midi-Pyrénées créée en 1989 dont les membres sont répartis en quatre collèges :

  • les groupements d’agriculture biologique
  • les chambres d’agriculture
  • les coopératives et représentant de la première transformation
  • les établissements d’enseignement agricole (EPLFPA de Auch-Beaulieu, MFR de Brens, école d’ingénieur Purpan, l’ENFA) et les instituts techniques (ITAB, ARVALIS et FNAMS)

  • Moyens humains : deux chargés de mission à temps plein plus appoints saisonniers
  • Objectifs : contribuer au développement et à la recherche en grandes cultures bio en Midi-Pyrénées

  • * Contact : Loïc Prieur (loiccreab@gmail.com)

    Diversité des expérimentations  

    Essai de criblage variétal pour le blé.
    (Photo JM Morin)
    Répartition des zones d'expérimentation sur le site de la Hourre.
    (Photo JM Morin)
    Plantation d'arbres pour assurer la continuité du corridor écologique entre deux haies en bordure de parcelle.
    (Photo JM Morin)

    « Avec 23 variétés testées, c’est une des plus importantes plate-forme de criblage variétale de blé bio en France » souligne Loïc Prieur. A la Hourre, chaque année, ce ne sont pas moins de cinq ou six expérimentations annuelles ou pluriannuelles qui sont menées pour tester divers facteurs de production comme l’efficacité de fertilisants organiques, le semis de diverses légumineuses sous couvert de blé, la faisabilité technico-économique de la culture de lin de printemps, les associations de cultures céréales - protéagineux… Ces essais sont menés le plus souvent en micro-parcelles avec plusieurs répétitions.

     

     

    Pour pouvoir prendre en compte la complexité du système de production, avec les interactions entre les différents éléments qui le compose dans l’espace et dans le temps, le site est intégré dans sa globalité au réseau RotAB animé par l’institut technique de l’agriculture biologique (ITAB). L’objectif de ce réseau est d’évaluer les systèmes de grandes cultures biologiques. A la Hourre, trois systèmes sont observés, avec pour chacun d’eux des rotations de cultures différentes : tout d’abord un système avec des parcelles dans la vallée (bonne capacité de rétention en eau) intégrant du soja et un système composé de parcelles séchantes sur les côteaux. Depuis peu a été introduit une modalité adaptée à des parcelles de coteaux avec des risques érosifs importants. Pour limiter ce risque, cette zone sera conduite sans labour et implantée d’arbres en travers de la pente (agroforesterie).

     

     


    La question du lien entre production agricole et infrastructures agro-écologiques est aussi étudiée dans le dispositif. Pour renforcer la continuité des services éco-systémiques, des plantations de haies ont été réalisées. Certaines ont pour objet la limitation de la taille des parcelles pour permettre à certains auxiliaires de cultures d’avoir une action jusqu’au centre des parcelles. D’autres ont permis d’assurer la continuité du maillage existant.

     

    L’ensemble des activités d’expérimentations menées à la Hourre font l’objet de publications et sont valorisées lors de salons, colloques, et tout particulièrement lors de la journée porte-ouverte annuelle au printemps.


    Renforcer le lien avec la pédagogie

    LoÏc Prieur et Caroline Thill
    (Photo JM Morin)

    Au terme de cette première année scolaire au lycée, bien que consciente qu’elle n’arrive pas encore à repérer toutes les actions menées, Caroline Thill a le sentiment que la ferme pourrait être plus utilisée comme support pédagogique. Pour La Hourre, cela se limite le plus souvent à une visite en début d’année scolaire, l’organisation des déplacements étant un frein majeur pour augmenter la fréquence des visites. Ce sentiment est partagé par Loïc Prieur qui spontanément cite les visites régulières (une fois l’an ou plus) de lycées agricoles Dax, Carcassonne ou d’écoles d’ingénieurs agricoles.

     

    Mieux utiliser pédagogiquement l’expérience de La Hourre, s’appuyer sur l’expérience bio pour que des techniques utilisées percolent dans les systèmes conventionnels en vue de la réduction de l’usage des pesticides, comparer économiquement l’efficacité des systèmes de cultures sur les trois sites, voilà quelques enjeux importants pour l’établissement.

    Chiffres clés de l'exploitation

    • Surface totale : 220 ha dont 60 irrigables
    • Système de grandes cultures
    • Trois sites :
    • Beaulieu : 77 ha
    • La Castagnère : 83 ha (10 km)
    • La Hourre : 55 ha en agriculture biologique (4 km)
    • Main d'oeuvre : la directrice d'exploitation et un salrié

    • Contact : Caroline Thill, caroline.thill@educagri.fr