Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Fleurs et insectes versus insecticides

Les auxiliaires peuvent-ils résoudre les problèmes liés aux ravageurs ? Et comment les attirer ? Le lycée nature à La Roche/Yon et le lycée du Fresne à Angers s’attaquent ensemble à cette question dans le projet Floregul. Avec une conviction partagée : l’agroécologie suppose de mobiliser les interactions entre espèces et milieux, mais également entre enseignants, apprenants et acteurs du territoire. Petit tour d’horizon de différentes actions.

Des araignées contre les mouches de la carotte

Dans le laboratoire du lycée nature de La Roche/Yon, les yeux dans les loupes binoculaires, les étudiants de BTSA gestion et protection de la nature cherchent à déterminer des araignées, en les classant suivant leur morphologie. Pas facile ! Et d’abord, pourquoi faire ?

Emeline Demaret l’explique : « Ces araignées ont été récoltées sur les bandes enherbées mises en place pour tester la lutte contre la mouche de la carotte ». En stage de cinq mois au lycée nature, dans le cadre de son DUT bio-agro, elle est chargée des suivis du projet Agréable sur l’exploitation. Connaissait-elle les araignées avant ce stage ? « J’avais deux, trois bases comme tout le monde, sans plus. Mais j’avais déjà compris le rôle prédateur des araignées. Nous avons trouvé 13 familles différentes qui agissent par différents modes de chasse ». C’est ce qu’elle cherche à transmettre aux étudiants à travers des interventions et des fiches techniques.

Au final, les bandes enherbées, les araignées, les carabes et les staphylins sont-ils efficaces ? Réponse prochainement !

Des guêpes contre les méligètes

A Angers Le Fresne, Corentin Jaunet compte des méligètes, des pucerons et leurs prédateurs. Dans le cadre de son stage de master 2, il suit les expérimentations de bandes fleuries et enherbées mises en place au lycée du Fresne et à Agrocampus Ouest, partenaire des deux établissements pour le projet Floregul. L’objectif ? Mesurer l’efficacité de ces bandes sur les ravageurs du colza. Une bande enherbée a été mise en place autour de la parcelle, et une bande fleurie sur un des côtés. « Le protocole d’étude et la constitution de la bande fleurie ont été définis en première année de Floregul » explique Marie-Paule Droillard, enseignante en agronomie et pilote du projet.

Les premiers résultats semblent montrer le rôle important de petites guêpes parasites (des ichneumonidés) contre la larve de méligète. Or, ces guêpes se nourrissent sur les bandes fleuries.

Cqfd ! C’est ce qu’on appelle stimuler la régulation naturelle.

Angers : Une bande fleurie pour la fonctionnalité et l'esthétique
La Roche/Yon : La bande fleurie installée par les apprenants de bac pro.

Des fleurs contre les pucerons

« Ça change des cours ! ». Les élèves de l’option aménagement du bac techno STAV (sciences et technologies de l’agriculture et du vivant) du lycée nature de La Roche/Yon sont unanimes : ils se sont retrouvés en « situation plus professionnelle ». Qu’ont-ils fait ? Ils ont semé des bandes fleuries sur l’exploitation, fabriqué et posé trois types de pièges, récolté et déterminé les invertébrés piégés. L’objectif pédagogique, pour Christine Le Torc’h, enseignante en aménagement, c’est de « mettre en pratique une démarche scientifique ». Les élèves ont appris des pratiques comme « de nouvelles techniques pour semer », et ils ont découvert des espèces qu’ils ne  connaissaient pas .

Pour Manon Bonnet, en stage de master, cette action lui permet de mesurer le rôle des bandes fleuries sur les pucerons de la courgette et de la féverole. Rémy Chifflet, chef de projet expérimentation, complète : « il s’agit d’évaluer si ces bandes fleuries ou enherbées sont efficaces pour attirer des auxiliaires, et si ceux-ci sont suffisamment actifs sur les ravageurs ciblés ».

Et la suite ? Christine Le Torc’h et ses élèves sont d’accord : « ce serait bien que les élèves en filière production le fassent aussi ». L’année prochaine ?

Des synergies à développer et valoriser

Au conseil d’exploitation du Fresne, chacun des quatre stagiaires est venu présenter les objectifs et les premiers résultats de ses travaux. L’équipe de direction, les professionnels et enseignants présents ont apprécié la qualité des travaux. Chacun est convaincu de l’intérêt de poursuivre dans cette voie de la régulation naturelle.

Reste à mieux valoriser la quantité et la qualité de ces actions techniques et pédagogiques, afin que chaque enseignant « soit autonome dans l’application pédagogique » tout en étant dans la cohérence des projets portés sur l’établissement. C’est en partie le rôle de Melissa Leloup, chef de projet sur l’établissement depuis septembre 2015, qui a développé sur l’intranet de l’établissement (E-lyco, outil régional) un dossier spécifique sur les expérimentations et les actions pédagogiques qui y sont liées.

C’est aussi une forte préoccupation de l’équipe de la Roche/Yon. C’est pourquoi les stagiaires ont également un rôle d’accompagnement pédagogique. « Ça faisait partie de l’offre de stage » explique Rémy Chifflet, « parce que nous voulons proposer des outils et démarches pour permettre l’implication pédagogique des différentes classes de l’établissement ».

Pas si facile. Tous confirment que cela demande un long travail de relation, de coordination, de proposition. Que ce soit dans la nature, sur les exploitations ou dans les équipes pédagogiques, les synergies sont au cœur de la transition agroécologique.

Une bande "agréable" pour les auxiliaires. de quoi moucher les ravageurs ?

Floregul, Agreable, Biof'horma, Muscari ... Vive la biodiversité fonctionnelle !


Depuis le programme BiodivEA, les établissements de La Roche/Yon et Angers ont appris à travailler ensemble et ont développé de nombreux projets communs. Une constante : étudier et optimiser le rôle de la biodiversité dans la production, en grandes cultures, vigne ou maraîchage. Ils ont constitué ainsi des plateformes d’expérimentation riches en programmes et en partenariats (Agrocampus Ouest, le CTIFL, l’Astredhor, le centre Beautour, Oniris …).

  • Floregul (casdar TAE) et Muscari (Casdar innovation partenariat) : bandes fleuries et biorégulation
  • Agreable (région Pays de Loire) : bandes enherbées et mouche de la carotte
  • Biof’horma (Angers): bandes contre les cicadelles (thym), paillages contre les thrips (ciboulette)
  • Serviçauxil (La Roche) : rôle des infrastructures naturelles existantes contre les pucerons sur maïs et céréales.
Eric Duclaud présente les expérimentations de paillage sous les ciboulettes

Pour en savoir plus ...


Contacts :

Présentation des exploitations

Exploitation agricole du lycée nature – La Roche/Yon Exploitation agricole du Fresne – Angers
Activité principale : polyculture élevage Activité principale : cultures spécialisées - fleurs et horticulture diverse
Surface totale : 128,92 ha (dont 6,43 ha hors SAU) - SFP (STH + prairies temporaires + fourrages annuels) : 53,88 ha - Céréales : 48,87 ha - Prairies permanentes : 8,92 ha - Maraichage - Elevage : ovins viande de race vendéenne, volaille de race vendéenne, porcins Surface totale : 24,95 ha - Horticulture et pépinière : 6,63 ha - Céréales : 13,21 ha - Prairies permanentes : 5,12 ha
Label AB sur l’ensemble des productions Plate-forme régionale d’innovation : agriculture biologique, agriculture périurbaine durable Labels : AB sur les Plantes aromatiques et médicinales, floriculture HVE niveau 3 sur l’ensemble (plante bleue)
Magasin de vente directe