Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

L’agroforesterie mode méditerranéenne à Antibes

Novembre 2016 - Dominique Dalbin et Régis Triollet (animateurs des réseaux DGER "Gestion et protection de l'eau" et "Horticulture-Paysage")

L’ancien arboretum de 5 000 m2 de l’EPLEFPA Vert d’Azur d’Antibes se métamorphose en verger-maraîcher tout en saveurs. Visite guidée de ce projet novateur, débuté en 2016...

un sol très argileux, sec en été et gorgé d’eau l’hiver
les collections d’agrumes et d’oliviers, bientôt déplacés…
Nathalie Lenoir et Franck Marino : quelle valorisation pour le broyat de pré-taille des oliviers ?

De la glaise à valoriser

Début d’automne pluvieux à Antibes. La glaise colle aux chaussures sur la parcelle plantée d’une collection oliviers et d’agrumes, qui ne sert pour l’instant que de noue pour les eaux pluviales. Nous sommes en effet en partie basse du site horticole du lycée “Vert d’azur”, sur un sol très riche en argile et en sable fin : “Les conditions sont difficiles, vous voyez c’est encore brûlé par quatre mois de sécheresse d’été, mais dès qu’il pleut, l’eau s’accumule ici. Cela entraîne l’asphyxie racinaire” explique Odile Quenot, enseignante au lycée et référente locale Enseigner à produire autrement, membre du comité de suivi technique. “Et en plus, avec les changements climatiques, les épisodes orageux sont de plus en plus violents” souligne Catherine Fontana, la directrice de l’exploitation horticole.

Le constat pédo-climatique est sans appel… mais caractéristique du contexte local, sous forte pression foncière : “Ici, les seuls terrains disponibles pour les jeunes agriculteurs qui veulent s’installer, ce sont des restanques de petite taille et en pente. Notre choix de parcelle est donc bon pour expérimenter un modèle transposable, avec à la clé un guide méthodologique” poursuit Franck Marino, formateur au CFPPA.

Un plan d’action motivant pour tous

“Pour relever le challenge, on a su regrouper une équipe soudée, dynamique et complémentaire”, souligne Nathalie Lenoir, directrice du CFPPA. Le plan d’action, tiré au cordeau, implique les enseignants, les apprenants et les partenaires professionnels et institutionnels du territoire.

Tout d’abord se former à l’agroforesterie, comme en témoigne Franck Marino : “On est parti loin, on nous disait à l’époque que l’agroforesterie s’arrêtait à Avignon, mais en fait tout le monde ici faisait du maraîchage sous les oliviers en début de culture ! La question est de pérenniser, avec des pratiques agro-écologiques”.

Puis, au premier semestre 2016, le temps des diagnostics. Il y a du travail pour toutes les filières de formation et toutes les disciplines : analyse du sol et du circuit de l’eau, liste des espèces végétales adaptées (au contexte pédo-climatique, à la production en agriculture biologique, à la demande sociétale du territoire...et au calendrier contraint d’un établissement de formation), étude de marché et enfin opérations à réaliser avant les nouvelles plantations. Un bien bel exemple de pédagogie de projet !

Prêts à planter !

L’heure est maintenant aux premiers chantiers : la pré-taille des oliviers avant transplantation sur une seule ligne nord-sud (mieux adaptée aux conditions d’ensoleillement) vient d’être réalisée, avec les adultes du CFPPA et les bacs pro du lycée. Puis on passera au décompactage du sol, à l’ajout de fumier de vache (pour réactiver la vie microbienne du sol), à l’installation d’une seule grosse tranchée drainante au centre de la parcelle (avec des coûts d’investissements raisonnables). “Il nous faut toujours jongler entre le caractère expérimental et une faisabilité technico-économique crédible et transposable”, insiste Nathalie Lenoir.

Restent des questionnements en suspens : faudra-t-il rajouter également du sable grossier ? Planter sur buttes pour limiter le risque d’asphyxie des amandiers, des oliviers et des avocatiers ? Comment ré-implanter la collection d’agrumes, en marge des cinq lignes d'arbres ? Où prévoir la zone d’expérimentation non irriguée ?

Concernant enfin les cultures annuelles à mettre entre les rangs d’arbres, une seule certitude pour l’instant : une plante améliorant la qualité du sol la première année (vraisemblablement du sorgho ou de la luzerne), puis ne se fermer aucune porte entre les cultures maraîchères, les fleurs comestibles, les plantes à parfum,...L’essentiel est d’arriver à un système résilient, répondant en production aux attentes du territoire tout en respectant les contraintes du calendrier des élèves et de la vente directe.

A Vert d’azur c’est sûr, on cultive merveilleusement le jardin en Méditerranée...

Le choix des essences

Le comité technique a prévu l’implantation de cinq lignes d’arbres, chacune monospécifique, avec des espacements de dix mètres entre les lignes et de cinq mètres entre les arbres sur les rangs :

  • l’olivier, pour conserver la collection de variétés locales,
  • l’amandier, bien adapté aux pratiques d’agroforesterie,
  • le grenadier, pour le marché en frais ou transformé,
  • l’avocatier, pour le marché porteur également,
  • les agrumes (citronniers, orangers, clémentiniers), pour la culture emblématique locale...et/ou le kiwi, pour l’intérêt pédagogique.
Enfin, en bordure nord du verger, une “haie gourmande” multi-spécifiques (figuiers, néfliers, plaqueminiers,...) favorisera la biodiversité, tout en servant d'exemple de réalisation pour accompagner les projets de lotissements et de résidences de la communauté d’agglomération, partenaire de l’expérimentation.

Chiffres clés de l'exploitation

  • exploitation horticole 2,15 ha / domaine 10 ha
  • Productions : plantes en pots ( 6000 m2), maraîchage AB (7500 m2), agroforesterie (5000 m2), pépinière (3000 m2)
  • Salariés : 4 ETP
  • EBE 2015 : 250 000 euros

Contacts utiles

Interview d'acteurs du projet :

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