Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Des innovations pédagogiques pour renforcer l’efficience des systèmes laitiers

Janvier 2017 - Emmanuelle Zanchi et Jean-Marie Morin (animateurs des réseaux DGER "élevages" et "agriculture biologique - Formabio")

« Autonomie alimentaire des troupeaux laitiers normands : de la fourche à la feuille … de cahier », c’est ainsi que Carole Bes, cheffe de projet, présente aujourd'hui le travail réalisé par les EPL de Vire et Le Robillard (Calvados). Retour sur un projet d'exploitation, point d’ancrage pour des initiatives pédagogiques entre les filières d’enseignement des EPL.

Tout avait pourtant commencé classiquement par des mesures expérimentales, pilotées par Carole dans les deux exploitations : quantité de lait produite par les vaches, taux protéique, taux cellulaire, analyses de fourrages et autres. Depuis 2014, l’exploitation de Vire est engagée dans la recherche d’autonomie alimentaire pour le troupeau avec une entrée expérimentale forte. Les rotations culturales ont été modifiées, intégrant davantage des légumineuses et de prairies dès 2009. « Mesurer les impacts zootechniques de ces changements était nécessaire mais, avec l’équipe de l’exploitation et les enseignants techniques, nous nous sentions un peu isolés au sein même de l’EPL” se souvient Carole. En effet, la rigueur expérimentale et le temps passé à la mise en place et au suivi de ces expérimentations ne laissaient que peu de place aux dynamiques de projets pédagogiques. Après une année de fonctionnement du projet, des enseignants vont s’en emparer : ce sera le déclencheur d’une progression pédagogique basée sur l’acquisition de connaissances agro-écologiques jusqu’à la construction et l’analyse de systèmes autonomes.

Un cheminement pédagogique imaginé par les enseignants

Les élèves de seconde professionnelle CGEA et GMNF abordent ensemble « l’agro-écologie sous toutes ses formes » s’enthousiasme Paule Mahmoudi, enseignante d’agronomie. Cette année, les élèves, accompagnés de six enseignants, ont répondu à la commande d’un agriculteur qui souhaitait mieux valoriser ses haies. Visite de l’exploitation, étude d’un schéma de plantation avec un technicien de la Chambre d’agriculture, étude de l’impact des haies sur la biodiversité et la production agricole s’enchaînent dans le cadre de ce module « bocage et agriculture ». Les élèves de formation agricole et aménagement travaillent sur le même projet et confrontent leurs approches. 

« Les agriculteurs avaient pleins d’idées, on voit qu’ils aiment échanger » précisent Charlotte et Aurélien à la classe.
Photo : EPL de Vire

Par binôme, les premières bac pro, accompagnés d’un membre de l’équipe de l’exploitation, participent à des réunions de groupes d’agriculteurs. Charlotte et Aurélien, élèves de première, racontent : « un agriculteur, membre du CIVAM de Vire, souhaitait améliorer la gestion du pâturage. Il a présenté les atouts et les contraintes de son parcellaire, ses attentes ». Charge au binôme d’élèves de rendre compte à leurs camarades des échanges fournis du groupe, depuis le découpage optimal des parcelles, la réflexion sur l’implantation de points d’eau, de chemins d’accès, la gestion des refus. « Ces échanges nécessitent des adaptations mais contribuent pleinement à la formation des élèves » précise JP. Lafaye, directeur de l’EPL de Vire. 

« Les 200 000 litres de lait à produire en plus. Doit-on les réaliser ? » 

 

Premières et terminales bac pro CGEA, apprentis et scolaires, se retrouvent pour envisager des scenarios pour répondre à un jeune agriculteur et son épouse, en projet d’installation. Pour Paule et son collègue formateur du CFPPA, responsables de ce module, concevoir des scenarios permet aux apprenants d’appréhender les leviers de l’autonomie et de les mettre en pratique. « Venant de classes de niveaux différents, les jeunes doivent collaborer pour calculer des rations, des coûts alimentaires, caractériser les prairies ».


La prochaine étape sera de travailler autour du projet de l’exploitation du lycée. Xavier Baudoin, directeur de l’exploitation, observe déjà que l’exploitation devient le terrain de jeu des élèves de bac pro GMNF. « Ils s’approprient l’exploitation, proposent des plantations dans les parcelles ». Des regards croisés d’élèves de bac pro CGEA et GMNF naîtront des haies à plantes médicinales pour les vaches laitières ou la création de mares dans les prairies ?


Plantation d’une haie bocagère par les bac pro GMNF. Photo : Jean-Marie Morin

Vers plus de résilience dans les systèmes laitiers

Viser l’autonomie alimentaire par la valorisation des fourrages produits sur l’exploitation et la mise en place de rotations culturales économes en intrants”, l’objectif premier du projet n’a pas été oublié. Dès 2015, lupin, orge, maïs grain produits sur l’exploitation, constituent un mélange fermier distribué aux veaux. Leur croissance semble satisfaisante. Pour en avoir confirmation, des élèves de première et terminale et leur enseignante de zootechnie suivent la croissance de sept génisses de la naissance à six mois et calculent leur GMQ. Les premiers résultats sont publiés dans la revue « l’Eleveur Laitier ».

 

La culture du méteil se généralise dans l’exploitation, la production de semence se pose. En août 2016, la récolte des essais de méteils présente des féveroles bruchées. « Nous n’avons pas de références sur les conséquences de la présence de graines bruchées sur la germination » explique Carole aux élèves de seconde. Sans hésitation, des tests de germination de féveroles sont lancés, pendant les cours de biologie et les résultats présentés à l’équipe de l’exploitation.


A Vire, approches techniques et projets pédagogiques se conjuguent pour rechercher l'efficience des élevages laitiers et contribuent à l’animation du territoire.


Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 66 ha
  • Surface Fourragère principale : 64 ha (dont 45 ha de prairies) destination exclusive pour l'alimentation du troupeau
  • 88 % de l’alimentation des vaches laitières est produite sur l’exploitation.
  • La prairie pâturée représente 37 % des fourrages consommés.
  • Le tourteau de colza est l’unique concentré acheté.
  • 55 vaches laitières de races Normande et Prim'Holstein (pour moitié)
  • Contrat laiterie : 470 000 litres de lait
  • Production de veaux gras Prim’Holstein– 12/an valorisés à l’Atelier de Transformation Fermier (ATF)
  • Production de bœufs Normands – 10/an valorisés à l’Atelier de Transformation Fermier (ATF)
  • Linéaire de haies : 12 km – Environ 500 m replantées en 5 ans. Un plan de gestion a été établi avec pour objectif de valoriser la haie en bois énergie et piquets de clôture.
  • 2,2 ETP salariés et un directeur d’exploitation
  • Atelier de transformation – préparation de terrines, pâtés et plats cuisinés, principalement composés de porc (élevés à l’extérieur du lycée) et de veaux et bœufs nés et élevés sur l’exploitation. L’atelier propose également des prestations de service auprès de producteurs souhaitant transformer leurs produits. Ainsi, l’atelier accueille, plus ou moins régulièrement une trentaine de producteurs.

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP