Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Apprendre (aussi) le métier d’éleveur dans les prairies et les landes

Mars 2017 - Jean-Luc Toullec et Florent Spinec (animateurs des réseaux DGER "biodiversité" et "aquaculture")

Les zones humides et les landes sont valorisables par le pâturage. On peut même y apprendre une partie du métier d’éleveur.  Les lycées agricoles bretons de Brehoulou à Fouesnant (29) et de Saint-Aubin du Cormier (35) développent sur ces espaces une pédagogie de projet visant un objectif : faire comprendre aux apprenants que des conduites basées sur des objectifs agro-écologiques et pas seulement agricoles sont tout à fait intégrables au fonctionnement d'une exploitation.

 

"C'est un endroit assez beau"

Les élèves s'intéressent à la flore des prairies, au-delà des a priori

« Le marais est un endroit humide, où l’herbe n’est pas très bonne pour pouvoir engraisser les bêtes à viande », « le marais entretient les vaches (apport nourriture) et les vaches entretiennent le marais (friche) », « sur les parcelles, on retrouve beaucoup de mauvaises herbes dont le jonc ». Ces quelques phrases, reprises de textes d’élèves de bac pro CGEA (conduite et gestion de l’exploitation agricole) de l’établissement de Brehoulou-Fouesnant, traduisent leurs ressentis après leur première visite du marais de Mousterlin, en sud-Finistère. Sur cet espace protégé par le conservatoire du littoral, l’exploitation agricole de l’établissement y fait pâturer des vaches nantaises, race adaptée à ces milieux particuliers, valorisée en vente directe. En ce jour de mai, les élèves sont là pour aller plus loin à travers une étude de la flore du marais, en compagnie de Luc Guihard, animateur de l’association Bretagne Vivante. « Alors, qu’est-ce que la vache va avoir au menu ? » questionne Luc pour introduire le travail, faisant tout de suite le lien entre ’animal et l’éleveur. Les élèves se répartissent par groupes sur la parcelle, cueillent un bouquet de fleurs différentes en essayant de les classer par « air de famille » à partir de la fiche du concours prairies fleurie.

(voir la méthode sur le site http://www.concours-agricole.com/prairies/accueil.html )

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Des fleurs jusqu’au planning de pâturage

"ça se mange ou pas ?" " par qui, nous ou les vaches ?" "les deux !"
Anne Bouilly et les bac pro sur le marais : quelle gestion et valorisation possible des saules et des ajoncs par les vaches ?

Assis au pied d’un saule, les élèves écoutent Luc faire le tour des espèces trouvées. Il interpelle les futurs agriculteurs : « Pour contrôler le jonc, il faut le connaitre. Attention, le piétinement va le favoriser, c’est une question d’équilibre ». Pas facile. Pour Anne Bouilly, enseignante en agronomie, cette étude vise à « leur faire reconnaitre 20 fleurs, cultivées et sauvages, à la fin de la seconde ». Il faut aussi savoir observer ce que les vaches font, ce qu’elles consomment et comment. Par exemple, elles maitrisent les fourrés d’ajoncs en consommant les jeunes pousses, alors que le broyage a au contraire favorisé la dispersion, non souhaitable, des pousses. Au-delà de cette journée, les élèves vont poursuivre leurs investigations en première et terminale en étudiant les différentes propriétés agro-écologiques des prairies : productivité, souplesse, fonctionnalités, renouvellement, patrimoine, valeur alimentaire…  Ils iront jusqu’à proposer au directeur d’exploitation un planning de pâturage s’adaptant aux prairies, et combinant les objectifs écologiques et zootechniques.

le jonc, une valeur alimentaire pas si mauvaise ...

Discussion hivernale entre différents partenaires (DEA, Scopela, chambre d’agriculture, association de protection de la nature, commune…)

Dans le cadre de ce projet, une analyse de la valeur fourragère du Jonc commun (Juncus effusus) a été réalisée. Les résultats ont tellement surpris Stéphane Eugène, Directeur de l'exploitation agricole de Brehoulou, que celui-ci a demandé une deuxième analyse. Même conclusion…

Comme quoi le pâturage des prairies humides peut aider non seulement à maîtriser le jonc mais peut-être même à le valoriser comme fourrage complémentaire. Cela suppose de trouver la bonne période de pâturage, mais aussi la bonne technique d’élevage, pour aider les animaux à dépasser son aspect peu appétant. Or, le jonc est un grand oublié de la littérature technique et scientifique : peu d'études sur sa bio-écologie, sa gestion, ses interactions avec l'animal. Avec l'aide de Cyril Agreil (Scopela), les enseignants de Brehoulou rédigent une fiche technique qui fera le point sur cette espèce à enjeu national.

Valoriser les prairies permanentes et les landes

Un bac pro CGEA mesure l’évolution des touffes de jonc commun sous l’action des animaux

« La lande de la rencontre », nom du lieu-dit de l’établissement de Saint-Aubin du cormier, porte bien son nom : l’exploitation est au cœur d’un ensemble de prairies, landes et bois, de qualité agronomique moyenne, mais riches en biodiversité. Sur ces sols battants et peu profonds, humides l’hiver et secs l’été, pâturent des bovins de race blonde d’Aquitaine, conduits en agriculture biologique. Antoine de Vallavielle, le directeur d’exploitation, présente la démarche : « Nous cherchons à optimiser l’utilisation de l’herbe tout au long de l’année, par un pâturage tournant adapté, tout en veillant aux effets négatifs liés au piétinement en période humide. Cela suppose une observation et une connaissance fine des dynamiques des végétations dans le temps et l’espace ». La pratique a permis de gagner du fourrage sans impacter la ressource. Un autre problème se pose : la gestion des joncs, peu appétants pour les animaux. Les enseignants de bac pro CGEA[1]et Antoine ont mis en place une expérimentation avec l’aide de Scopela[2] : il s’agit de tester l’impact des animaux en les laissant sur la parcelle plus longtemps que d’habitude.  Christophe Tribot, enseignant en agronomie, précise : « Les élèves réalisent le suivi grâce à des cadres permanents qui permettent de mesurer l’évolution des touffes de joncs sous l’effet du pâturage et/ou du piétinement ».

[1] Conduite et Gestion de l’Exploitation Agricole

[2] Scopela : Entreprise de conseil et formation en agriculture et environnement http://www.scopela.fr/

Des moutons pour la diversité des landes

Les moutons "landes de Bretagne" semblent apprécier les molinies : avec quel impact sur la biodiversité végétale ?

Sur le domaine de l’établissement, une lande humide, vestige des landes qui occupaient le secteur, accueille une diversité remarquable. Les bac pro GMNF[1] et les BTS GPN[2]  y ont réalisé un diagnostic écologique. Sylvain Deveau et Lois Morel, enseignants en aménagement, constatent : « les bruyères mais aussi d’autres espèces végétales régressent au profit d’un développement uniforme des molinies, graminée typique des landes. D’où l’idée de mettre en place un pâturage. » Cela tombe bien : l’établissement dispose d’un troupeau de moutons de race rustique justement dénommée … landes de Bretagne. Un plan de pâturage a été mis en place, avec des modalités de suivi de la biodiversité pour en mesurer les effets.

[1] Gestion des Milieux Naturels et de la Faune

[2] Gestion et Protection de la Nature

A travers ces différentes expérimentations, les élèves font l’apprentissage de leur métier par l’observation, la pratique, la recherche d’autonomie et le lien au territoire. Au bénéfice mutuel de la biodiversité, de la production et des territoires.


Quelle est donc cette vache ?

Blonde d’Aquitaine à Saint-Aubin, vache nantaise à Brehoulou, le choix de la race est important pour valoriser au mieux la diversité des végétations herbagères sur l’exploitation. Mais la conduite technique du troupeau est aussi au cœur de ces approches de l’élevage.

Blonde
Nantaise

Un projet de trois ans pour enseigner à élever autrement

Les lycées de Brehoulou-Fouesnant et Saint-Aubin du Cormier se sont engagés ensemble dans ce projet, inscrit dans le cadre national de transition agro-écologique des exploitations agricoles. Le titre : mutualiser les savoir-faire pour la valorisation et le renouvellement des surfaces fourragères à flores diversifiées dans les systèmes d’alimentation des ruminants. Ils sont accompagnés pour cela par Scopela (entreprise porteuse de la démarche patur’ajuste). Patur’ajuste : réseau technique pour la valorisation des végétations naturelles par l’élevage http://www.paturajuste.fr/

L’étude des différentes propriétés des prairies, pour mieux adapter leur gestion agro-écologique

Chiffres clés des exploitations et contacts

 

Données sur : http://draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/bretagne_07-10-13_cle09195c.pdf

Brehoulou - Fouesnant :

SAU : 110 ha

Productions :

  • Végétales : Grandes cultures : 23,6 ha - surfaces fourragères : 74 ha - autres : 3,5 ha
  • Atelier bovins-lait : 46 vaches laitières Prim'Holstein pour un quota de production de 382 000 litres de lait.
  • Atelier vaches allaitantes : troupeau de 15 vaches de race nantaise géré de manière extensive (pas plus de 0,8 UGB par ha) dans le cadre d'un contrat de gestion de marais de Mousterlin, propriété du conservatoire du littoral.
  • Atelier porcs : 75 truies pour une production annuelle de 1 600 porcs charcutiers.
  • Atelier volailles : Un atelier de diversification avec 12 000 poulets de chair Label rouge. 
  • Atelier aquacole pédagogique

4 ETP dont 1 pour l'aquaculture

Les produits sont commercialisés principalement dans des structures coopératives. Cependant, une partie de la production est écoulée en vente directe aux collectivités et particuliers.

 

Contacts :

Stéphane Eugène, Directeur de l'exploitation agricole: stephane.eugene@educagri.fr

Anne Bouilly Enseignante, référente enseigner à produire autrement: anne.bouilly@educagri.fr

Marie-Pïerre Gousset  Directrice  de l’EPL : marie-pierre.gousset@educagri.fr


 

Saint-Aubin du Cormier

SAU : 65 ha

Productions :

  • végétales : Grandes cultures (5ha) - surfaces fourragères (60 ha)
  • Atelier Bovins Viande : Le troupeau est constitué de 40 vaches allaitantes de race "Blonde d'Aquitaine", troupeau conduit en AB (chargement 1 UGB/ha).  Produits vendus en direct ou par l'intermédiaire de "Bretagne Viande Bio". Les génisses sont conservées et élevées sur l'exploitation pour le renouvellement du troupeau.  Les mâles sont vendus à l'age de 8-9 mois pour être engraissés dans d'autres ateliers.
  • L'atelier Ovins : Il s'agit d'un atelier pédagogique d'une trentaine de brebis mères"Lande de Bretagne" (race en voie d'extinction). Atelier conduit en AB par les élèves de 3ème.  Vente directe en caissettes.
  • Atelier pédagogique : Un poulailler pour les 4ème : "Coucou de Rennes" (race en voie d'extinction).

Remarque : support du rucher-école du GDS 35

ETP : 2,2 UTH

Chiffre d'affaires : 45 k€

Contacts :

Antoine De Vallavieille, Directeur de l'Exploitation Agricole, antoine.de-vallavieille@educagri.fr

Christophe Tribot, enseignant en agronomie christophe.tribot@educagri.fr

Anne Philippe, Directrice de l'établissement anne.philippe@educagri.fr

 

 

 

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP