Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

 Coutances – Les semis sous couvert : A découvrir ?

Jean-Marie Morin, Emmanuelle Zanchi, animateurs réseaux DGER Reso’them – Mai 2017

 

Découvrir et tester la technique des semis sous couvert pour relancer l’expérimentation et les partenariats professionnels, c’est l’objectif du projet du CASDAR transition agro-écologique à Coutances. Il a démarré à l’automne 2016 pour trois ans. Au delà de l’aspect technique, c’est une base concrète de discussions et d’implication des élèves et enseignants afin de travailler sur les nouvelles orientations de l’agriculture.

 

 

 

 

Vérification du semis de maïs sur la parcelle sous couvert - crédit photos JM Morin

Développer les partenariats professionnels et l’expérimentation

La ferme de l’établissement  est très représentative du bocage normand avec son troupeau mixte, une intensification par la culture du maïs dans les trente dernières années.  Mais depuis quelques années, le questionnement sur l’autonomie alimentaire du troupeau, le travail du sol et l’agro-écologie deviennent incontournables pour l’établissement.

« J’ai été intéressé par les conférences de Lucien Seguy et de Konrad Schreiber sur les semis sous couverts végétaux  et nous avons décidé de les tester sur notre exploitation en bio » explique Bruno Mondin , directeur de l’exploitation agricole de l’EPL de Coutances. « Nous avions besoin de renforcer les liens avec la profession et les collègues de l’EPL de Saint Lô Thère, après notre passage en bio et le changement de nom de l’établissement en Coutances métiers Nature » précise Benoit Bulot, directeur de l’EPL.

Une technique d’actualité : le semis sous couvert, et un dispositif sur trois sites avec les exploitations de St Lô et Coutances et la station expérimentale de la Blanche Maison (Chambres d’agriculture de Normandie), constituent la base du projet démarré à l’automne 2016. Des couverts végétaux de pois vesce après maïs ont été implantés à Coutances  et de trèfle blanc et méteil (méteil récolté en fourrage)  à St Lô. L’objectif est bien sûr d’évaluer cette technique en bio (Coutances) et en conventionnel (St Lô) pour produire des références insuffisantes jusqu’à présent. C’est aussi de développer l’approche expérimentale sur la ferme du lycée pour renforcer les liens avec les professionnels et faire travailler les élèves sur les mesures au champ et leur analyse.

Enseignant, Cheffe de projet et Directeur d'exploitation sur la parcelle d'essai - crédit photos JM Morin

Regards pédagogiques croisés sur les exploitations de St Lô et Coutances

Qu’entend-on par expérimentation sur une ferme de lycée ? La formation est la première mission et l’expérimentation est un support. « Pour commencer, nous avons construit un diagnostic de l’exploitation avec les élèves de BTS ACSE sur les aspects techniques et économiques bien sûr, mais aussi environnementaux et sociaux » détaille Audrey Laurent, cheffe de projet à Coutances « Mais l’originalité pédagogique vient des échanges entre les deux établissements : les élèves de St Lô font le diagnostic de Coutances et inversement, avec les présentations ce printemps par les deux classes ensemble ». En parallèle, les enseignants techniques assurent le suivi des essais dans les deux établissements, accompagnés par Lucie Morin, chargée d’expérimentation à Blanche Maison. « Les élèves de seconde pro ont fait les semis du couvert vesce pois en octobre après le maïs et nous avons réalisé un profil de sol, des comptages de plants à la levée, calculé la biomasse à différentes périodes » indique Béranger Bedhomme, enseignant en agronomie et zootechnie « C’est aussi grâce aux analyses de terre réalisées avec ces élèves que nous avons fait réaliser un apport de complément calcique sur la parcelle. »

Le projet n’en est qu’à sa première année mais au delà de l’aspect technique, les élèves et les enseignants se mobilisent et font connaître leurs réalisations : une vidéo sur les présentations de diagnostic est en cours, le journal interne de l’établissement Coutances Innov informe de l’avancée des travaux.

A gauche, semis de maïs sous couvert broyé de pois vesce ; à droite semis de maïs témoin - crédit photos JM Morin

Des techniques à affiner : quels types de couvert, quelles conduites culturales ?

« En bio, nous testons ce que tout le monde devra faire dans quatre ou cinq ans », lance Bruno Mondin, « le glyphosate sera interdit et nos techniques de désherbage mécanique ou de semis sous couvert sans destruction chimique du couvert seront utiles pour l’ensemble des agriculteurs ». Mais comme pour toute nouvelle technique, il est difficile de tout maîtriser : le couvert vesce pois n’a pas été implanté dans les meilleures conditions et la levée n’a pas été homogène, des indésirables (rumex, capselle, renouée) occupent une partie du terrain et vont concurrencer le maïs qui commence à germer. Discussion entre Bruno, Béranger et Audrey : faut-il broyer, passer une herse étrille, faire confiance à la nature ?  Autant de sujets qui peuvent être abordés par les élèves en agronomie, biologie écologie ou en gestion mais qui inquiète aussi le directeur d’exploitation : même si c’est un essai sur un hectare, une moindre productivité de fourrage aura une incidence sur l’alimentation des vaches laitières !

Il reste deux années pour tester cette nouvelle technique encore peu diffusée dans la région. Cela ne sera pas forcément suffisant pour envisager toutes les possibilités (types et doses de couverts, broyage, roulage…). C’est une constante de l’agro-écologie : il faut adapter la technique à la situation locale et les résultats sont variables d’une année sur l’autre.

Chiffres clés de l'exploitation

  • SAU : 72,85 ha; SFP (dont maïs) : 62 ha. L'ensemble de la surface est en AB
  • Verger de pommes à cidre pâturé par les génisses
  • Rotation : 4 ou 5 années de prairies temporaires (mélange suisse), maïs, méteil sur les parcelles pâturables. Prairies de moins longue durée sur les autres pour fauche et maïs, méteil.
  • Troupeau : 65 VL (Normandes et Prim’holstein) pour une production de 375000 litres
  • Niveau de production 6000- 6500 Kgs de lait/Vl
  • ETP : 2,5

Contacts utiles : EPLEFPA de Coutances

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP