Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

En Aquitaine, moins de maïs et plus d'herbe pour les vaches

Novembre 2016 - Philippe Cousinié et Dominique Dalbin (animateurs des réseaux DGER "Agronomie-Ecophyto" et "Gestion et protection de l'eau")

Les quatre exploitations productrices de bovins viande des établissements de l'ex région Aquitaine misent sur une alimentation à l'herbe pour rendre les élevages plus autonomes, économes et résilients. Rencontre avec les acteurs du projet, initié en 2015...

Passer du maïs à l'herbe

« Vous seriez venus ici en hiver en 2009, vous auriez vu une ration 100% maïs ensilage devant les cornadis », confie Laurent Lescoulié, le directeur de l'exploitation de Dax, aux membres du comité de pilotage qui visitent les installations de stabulation. « Aujourd'hui, la mise en place des couverts végétaux dérobés après maïs-grain précoce (pour l'engraissement) est réalisée sur huit hectares, pour le fourrage d'hiver. Les autres parcelles sont en prairies permanentes et temporaires pour le pâturage. Fini le maïs ensilé, très peu de pesticides (IFT moyen 0,5), pas d'irrigation, moins de coûts… et une meilleure image pour la vente en circuit court ! ». Tous témoignent de la convergence vers de nouveaux itinéraires techniques (semis sous couvert, passage à l'herbe, forte baisse des intrants), avec de nouveaux matériels (semoir de semis direct). « Le contexte climatique, en particulier avec les sécheresses d'été, a fragilisé les systèmes d'élevage basés sur l'ensilage de maïs, ce projet vise à nous rendre tous autonomes à 100% », renchérit Eric Botiveau, directeur de l'exploitation de Périgueux. Pendant ce temps, le troupeau de Blondes d'Aquitaine avale goulument un mélange d'herbe ensilé riche en protéine, complété d'un seul seau de tourteau de colza (cultivé localement) au lieu des trois seaux de soja (importé) dans les systèmes traditionnels de la région...

Fourrage ensilé (ray gras et trèfle) et tourteau de colza local pour la ration des Blondes d'Aquitaine à Dax. Photo Ph. Cousinié
Des Blondes d’Aquitaine en pâturage à l’herbe à Dax, en lieu et place de maïs irrigué. Photo : Ph. Cousinié
Un essai de mélange en couvert végétal, EPLEFPA des Landes. Photo : Ph. Cousinié

Quatre fermes de lycées et trois races de bovins viande

Les quatre EPLEFPA d’Aquitaine associés au projet élèvent plusieurs races bovines à viande de qualité : Blondes d’Aquitaine (exploitations de Dax et de Pau), Bazadaises valorisées en boeufs gras (exploitation de Bazas) et Limousines (exploitation de Périgueux). Elles sont valorisées principalement en circuits courts (40 % du chiffre d'affaires à Dax), en label rouge (Boeuf de Chalosse à Dax, Boeuf blond d'Aquitaine à Pau, Blason Prestige à Périgueux) ou IGP (Boeuf de Bazas) et également par la certification HVE (niveau 3 obtenu à Dax, en cours à Bazas, Pau, Périgueux).

Des exploitations au service de la pédagogie

Ginette Lafitte, enseignante d’agronomie en BTSA APV à Dax est particulièrement impliquée dans ce projet : « Les classes se sont mobilisées dès le départ à travers des diagnostics d’exploitation* et la certification HVE niveau 3, ainsi que pour l’audit de son renouvellement cette année. Les étudiants sont associés à l’observation des parcelles de couverts végétaux, aux profils et analyses de sols, aux pesées de récolte, à l’évaluation de la fertilisation et des rendements. Tout ceci bien sûr en lien avec les démarches Ecophyto et des approches interdisciplinaires menées avec d’autres BTSA (ACSE et GEMEAU), sur des études de bassin versant notamment. »
La DRAAF Nouvelle Aquitaine appuie l'initiative et proposera prochainement en mutualisation aux équipes pédagogiques de la région les jeux « rami fourrager » et « mission Ecophyto » pour mieux engager encore les étudiants ...

* DIALECTE (pour le diagnostic d'exploitation et HVE) et IDEA

Des mélanges adaptés aux conditions pédoclimatiques

L’objectif est de limiter au maximum la culture du maïs (de 27 ha à 8 ha sur l'exploitation de Dax en quelques années alors que pendant cette même période le troupeau a doublé) et la fertilisation chimique (épandage essentiellement de fumier). Fournies par l’entreprise Bazkaona, les variétés utilisées par l’exploitation de Dax sont notamment issues de sélections génétiques réalisées au Portugal. Trois mélanges graminées - légumineuses sont expérimentés (sur des orientations « pâtures », « stock » ou mixtes) selon deux compositions types :

  • deux variétés de ray gras d’Italie (60 %) associées à trois espèces de trèfle (40 %)
  • une variété de ray gras d’Italie associée à trois espèces de trèfle et à une variété de vesce.
Ces mélanges, semés après du maïs-grain précoce vers fin septembre et récoltés en avril, sont adaptatifs (qualités variétales pour couvrir au maximum le sol et mieux résister à la sécheresse), résilients, fertilisants et très productifs. Les mélanges semés sont également expérimentés en conditions de labour et de non-labour.

Le groupe projet. De gauche à droite : Eric Botiveau (DEA Périgueux), Laurent Lescoulié (DEA Dax), Sophie Sarraute (CFPPA Dax), Michel Brun (DEA Bazas) et Françoise Henry (DRAAF Nouvelle Aquitaine). Photo D.Dalbin

Un projet fédérateur en région

« Les quatre exploitations bovins viande d'Aquitaine (Dax, Pau, Bazas et Périgueux) travaillaient déjà bien ensemble, en lien avec l'IDELE. Le réseau s'est renforcé avec ce projet » souligne Françoise Henry, chargée de mission Animation des territoires à la DRAAF. « On échange beaucoup plus entre nous maintenant » poursuit-elle, notamment sur les 30 indicateurs agro-écologiques retenus sur les trois piliers de la durabilité, comme les semences, les matériels, les récoltes et toutes les questions agronomiques et zootechniques qui se posent...  Concernant la mise en œuvre de l'action, Sophie Sarraute, référente Enseigner à produire autrement à Dax et pilote du projet régional, souligne : « Pour garder un gage d'indépendance, on a souhaité limiter les partenariats à l'aspect purement technique, avec des semenciers, des techniciens de coopératives et du contrôle de performances (Réseau Bovin croissance) ».
Après avoir réalisé les couverts végétaux (action 1), place aux phases d'acquisition de références environnementales et économiques (action 2), de valorisation (action 3) et de diffusion des résultats (action 4). Le tout avec une vison globale pour trois races du sud-ouest et trois contextes pédoclimatiques différents. Les acquis d’expérience montrent déjà l’intérêt de communiquer vers d’autres établissements et auprès des agriculteurs, avec par exemple un module de formation continue sur les couverts végétaux ainsi que des journées dans chaque EPLEFPA dès 2017, et un événement régional en 2018.
Nul doute que cette action rayonnera par la suite plus largement sur les territoires poitevin, charentais et limousin pour une mutualisation à l'échelle des 15 exploitations en atelier bovin viande de Nouvelle Aquitaine...

Interview d'acteurs du projet :

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Chiffres clés des exploitations

    Dax
  • Surface totale : 75 ha
  • Productions : 65 mères Blondes d'Aquitaine
  • Salariés : 1,7 ETP
  • CA 2015 : 230 000 euros
    Bazas
  • Surface totale : 138 ha
  • Productions : bœuf de Bazas (60 Bazadaises) et volailles
  • Salariés :
  • CA 2015 :
    Pau
  • Surface totale : 102 ha
  • Productions : 70 Prim'holstein, 30 Blondes d'Aquitaine et 70 taurillons, kiwis
  • Salariés :
  • CA 2015 :
    Périgueux
  • Surface totale : 140 ha
  • Productions : 75 mères Limousines, 250 000 canetons mulards, 32 000 canards prêts à gaver, 22 500 canards gras
  • Salariés : 6,5 ETP
  • CA 2015 : 1 050 000 euros

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