Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Bio, ou pas ? Les élèves s’investissent !

Décembre 2016 - Bertrand Minaud et Régis Triollet (animateurs des réseaux DGER "agriculture biologique - Formabio" et "horti-paysages")

Au lycée agricole de Salles-de-Barbezieux en Charente, les élèves de Bac professionnel « élevage » étudient la faisabilité de conduire en agriculture biologique le troupeau de vaches allaitantes limousines de la ferme. Ils bénéficient pour ce travail de l’appui d’équipes pédagogiques très investies et d’acteurs professionnels du territoire. Leurs aînés en BTS ACSE du lycée d’Angoulême compléteront l’étude sur le volet de l’intégration paysagère

 

Un temps pour se familiariser à l’agriculture biologique

 

 

 

En seconde au lycée, Anthony voyait l’agriculture bio comme une histoire de « pâquerettes et limaces ». Une majorité d’élèves, enfants d’agriculteurs du territoire, étaient réservés sur le projet bio pour l’élevage de vaches limousines du lycée. De nombreuses rencontres avec des agriculteurs bio, des techniciens..., ont contribué à faire évoluer les regards. Plusieurs élèves l'ont évoqué : la rencontre avec Paul François, agriculteur Charentais victime d'une intoxication aux pesticides, a été déterminante. Ils ont ainsi pu mesurer l’intérêt d’une agriculture n’utilisant pas ou peu de produits chimiques. 

 Solange Françon, enseignante d’éducation socio-culturelle, pointe les tensions internes à la classe liées aux écarts de perception des élèves sur la bio en début de projet. Ces écarts sont perceptibles tant entre filles et garçons qu’entre jeunes issus du milieu agricole ou non. « Mais ces tensions se sont apaisées grâce à la libération de la parole » permise par des activités visant les représentations « qui êtes vous, en tant que citoyen, en tant que porteur de pratiques professionnelles ? » 

La classe de terminale Bac pro CGEA explique le projet (photo R. Triollet)
Alice, non issue du milieu agricole, arrivée avec une image plutôt positive de la bio. Maxime et Anaïs au second plan ont un autre regard sur la question (photo B. Minaud)
« Les vers de terre, on connaissait pour aller à la pêche » indique Gabin (Photo B. Minaud)
Théo note son intérêt pour les techniques bio
(photo B. Minaud)

Mélanie Thibaut-Daussin, enseignante en économie précise aussi l’importance des travaux conduits au contact du terrain. Les élèves ont ainsi pu découvrir un des pans de la richesse faunistique du sol insoupçonnée pour eux. « Mettre en place un protocole d’observation, pouvoir compter les vers, les identifier a permis de regarder le sol autrement » complète Mélanie. Et l’exercice de création de poèmes sur les vers de terre a marqué les esprits.

 

Après cette première étape de familiarisation avec la bio, la curiosité l’a emporté. Ainsi, Théo a « découvert des techniques utilisées en bio, des aspects économiques intéressants, et intégrant mieux le développement durable ». En écho à Gabin, Anthony ajoute qu’à titre personnel il envisage « produire autrement mais pas forcément en bio, par peur de saturation du marché ».

Les axes du projet « transition agro-écologique » de l’EPLEFPA de la Charente

- Mise en place de parcelles agroforestières et valorisation de parcelles existantes

- Étude de la conversion à l’agriculture biologique d’une partie du vignoble produisant du Cognac sur l'Oisellerie et du troupeau bovin allaitant de Salles de Barbezieux,

- Valorisation des produits de nos exploitations agricoles via les circuits courts en zone péri-urbaine (produits viticoles et carnés),

- Valorisation pédagogique des actions menées sur nos exploitations en collaboration avec CANOPE et communication sur les méthodes utilisées pour « apprendre à produire autrement ».

Construire collectivement et argumenter le projet

Le troupeau de vaches limousines sera-t-il conduit en bio en 2017 ? (photo B. Minaud)

« En étudiant le système d’élevage en place, on s’est rendu compte qu’il pouvait passer en bio sans bouleversement » note Antoine. Et c’était la commande de David Leservoisier, directeur de l’exploitation, d’étudier un projet en bio sans rupture forte et avec le maintien du maïs. Très pragmatique, un élève précise « qu’avec le maïs (irrigué ici) bien conduit on assure un rendement minimum permettant d’avoir es stocks de fourrages hivernaux suffisants ».

« Les élèves ont été confrontés à de vraies difficultés pour proposer certains aspects d’un système en bio comme la construction d’un nouvel assolement » précise Nathalie Delara, enseignante en agronomie.

En juin dernier, devant un collectif d’enseignants, de conseillers d’entreprises, de techniciens en élevage et d’un agriculteur bio, les élèves de bac Pro présentent leur travail sur la faisabilité technique d’une orientation bio de l’élevage allaitant. « Nous avons trouvé qu’avec les 40 ha et les 30 vaches, proposer de produire 14 veaux rosés par an et 7 génisses grasses poserait un problème de place dans les bâtiments. Alors nous avons fait deux autres propositions, l’une en diminuant le troupeau de quelques vaches, l’autre en ne produisant que des veaux rosés (21) avec quelques vaches de plus. » expliquent les élèves. Ils ont argumenté un choix de système différent de celui proposé a priori par le directeur de l’exploitation.

 Reste à finaliser l’étude économique pour présenter différentes hypothèses en février prochain afin d’éclairer le choix du conseil d’administration de l’établissement.


Avec les salariés de la ferme

S’occupant au quotidien de la ferme, les salariés sont les premiers concernés par une évolution des pratiques. Très imprégnés par leur formation plutôt conventionnelle et de techniques utilisées habituellement sur le territoire, ils doivent s’approprier les changements envisagés. Pour cette raison, les salariés sont associés à de nombreuses étapes de la réflexion, en particulier lors des rencontres avec les professionnels et les moments de restitution. Cette initiative, également très appréciée des élèves, doit participer à une transition apaisée.

Des dispositifs qui facilitent...

« Cette action est en phase avec l’un des axes fort du projet de l’EPL validé en juin 2016 » visant à accentuer la contribution des fermes des lycées à la pédagogie, notamment dans le cadre de l’action « Enseigner à produire autrement » estime Philippe Taillecours, directeur de l’établissement. Pour l’équipe, les dispositifs nationaux (tiers-temps, appels à projet TAE) ont un effet levier permettant de dégager quelques moyens humains et financiers afin d’animer la réflexion pédagogique. Ils permettent aussi de se saisir d’objets porteurs de sens (agro-écologie) constituant le socle sur lequel s’appuie la pédagogie. « On demande aux élèves de regarder autrement ; c’est aussi une exigence pour les équipes enseignantes au regard des pratiques professionnelles» complète Philippe Taillecours. 

 

 

Des partenariats plus nombreux.
Nb : la certification ISO n’est plus active
(photo R. Triollet)
Nathalie Delara chargée d'animation du projet
(photo B. Minaud)

« Initié par quelques enseignants, la mise en œuvre du projet fédère une équipe plus large en interne et ouvre l’établissement sur son territoire » note Nathalie Delara, chargée de mission d’appui et d’animation. Mais l’équipe pédagogique s’interroge : « comment maintenir une dynamique par la suite ? Quels seront les prochains supports de travail collectif  ? Avec ou sans moyens humains d’appui à l’animation pédagogique ? »

Implantation de haies et d’arbres

Initié par Françoise Bouillon, enseignante en biologie écologie, cet axe du projet mobilise essentiellement le lycée de l’Oisellerie proche d’Angoulême, avec l’implication de différentes classes autour des thèmes suivants :

- Implantation de haies périphériques de parcelles de vignes pour les isoler de zones d’activité humaine (écran de protection) et favoriser les régulations naturelles (faune auxiliaire). Implication des élèves de Baccalauréat généraux, technologiques, professionnels (GMNF) et BTS ACSE. Premières plantations à venir cet hiver 2017.

- Implantation d’arbres et haies intra-parcellaires pour la gestion d’une zone humide (zone Natura 2000 FR5402009). Implication des élèves de Bac Pro GMNF. Plantation réalisée.

- Implantation d’arbres intra-parcellaires dans des prairies permanentes pour améliorer le bien-être animal au pâturage (ombrages), la production de bois ou de fruits… Implication des étudiants de BTS ACSE. A l’étude.

Par ailleurs, une journée de vulgarisation sur la haie a été organisée par les élèves en lien avec l’association Prom’haies.

  

Ce qu’est l’établissement public local de la Charente

L’établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole de la Charente est réparti sur deux sites :

- celui de l’oisellerie, commune de La Couronne, zone péri-urbaine à proximité immédiate d’Angoulême

- celui de Salle-de-Barbezieux au sud du département.

Six centres constitutifs compose l’EPLEFPA :

- deux lycées

- deux exploitations agricolesv - un centre de formation d’apprentis (Oisellerie)

- un centre de formation professionnelle et de promotion agricole (Oisellerie) – formation adulte

Chiffres clés des exploitations

    Barbezieux

  • Surface totale : 60 ha
  • 20 ha de vigne ; productions de cognac, pineau des Charentes
  • 38,5 ha de prairies et cultures pour l’atelier vaches allaitantes (35 vaches limousines et la suite) et 6 poneys de race Higland
  • 1,3 ha de noyers en agriculture biologique
  • 2 bandes par an de poulets de Barbezieux (race en sauvegarde)
  • 3 salariés pour 2,23 équivalents temps-plein

    L'oisellerie

  • Surface totale : 200 ha en zone péri-urbaine
  • 3 ha de vigne dont 7 ha en agriculture biologique (cépages rouges) pour des productions de vins, jus de raisin, cognac, pineau des charentes
  • 55 vaches laitières de races prim’Holstein, Brune des Alpes, Jersiaises et croisées P’HxBrunes, pour 440 000 litres de production
  • 97 ha de céréales et oléo-protéagineux, irrigation partielle, une partie destinée à l’alimentation du troupeau 70 ha de prairies
  • Magasin de vente directe
  • 7 salariés dont un apprenti

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP