Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Montpellier - Bio, biodynamie ou agriculture raisonnée : quel choix pour le Mas Piquet ?

Mai 2016 - Karine Boutroux, Dominique Dalbin et Philippe Cousinié (DGER)

Le domaine du Mas Piquet, exploitation viticole du lycée agricole de Montpellier, a lancé une expérimentation en 2015 sur une parcelle d'un hectare. L’objectif est d’évaluer sur trois ans les performances techniques, organoleptiques et économiques des conduites viti-vinicoles selon les cahiers des charges de l’agriculture raisonnée, de l’agriculture biologique et de la biodynamie. Rencontre avec les acteurs et partenaires du projet...

La parcelle d’étude (conduite raisonnée, agriculture biologique, biodynamie), photo D. Dalbin.

Une expérimentation imaginée par des étudiants de BTSA viticulture-œnologie

Luc Delacote, enseignant en agronomie et référent “Enseigner à produire autrement” local, relate la genèse du projet : « Tout a commencé en 2014, avec un groupe d’étudiants, BTSA viticulture-oenologie du LEGTA de Montpellier. Passionnés de biodynamie, ils ont proposé de comparer les trois modes de production car peu de références existent en la matière ». Seul le lycée agricole de Mâcon Davaillé a expérimenté la biodynamie en vignes mais il n’existe pas de comparaisons des trois systèmes sur un même site. Les enseignants du lycée agricole Frédéric Bazille ont, alors, rédigé un projet d’expérimentation en partenariat avec la chambre d’agriculture, l’association Déméter et avec l’appui de la DRAAF Languedoc-Roussillon. C’est ainsi que le projet est devenu, en 2014, lauréat d'un projet financé par le compte d’affectation spéciale "développement agricole et rural" (CASDAR).

Trois systèmes de production, trois cahiers des charges

  • L’agriculture raisonnée est portée au domaine du Mas Piquet par la démarche Terra Vitis®, certifiée pour l’ensemble du process (de la vigne à la bouteille) par un organisme indépendant. Garantissant une certification Haute valeur environnementale de niveau 2, elle limite l’utilisation de pesticides et favorise la préservation de l’enherbement, des espaces naturels et des paysages viticoles. En savoir plus...
  • Le label Agriculture Biologique (ou AB) est lui aussi contrôlé par un organisme indépendant. Il interdit toute utilisation de pesticides ou de fertilisants de synthèse. Depuis 2012, le cahier des charges officiel européen réglemente l’élaboration de vin biologique sur l’ensemble du processus (viticulture et vinification). Il autorise l’utilisation de levures sélectionnées et de bactéries lactiques pour la fermentation, et oblige à une réduction de l’utilisation des sulfites (d’au moins 25%). Certaines techniques, comme par exemple la concentration partielle des vins à froid sont interdites. Voir la réglementation sur la vinification bio...
  • La biodynamie reprend dans son cahier des charges les principes de l’agriculture biologique, mais de façon plus restrictive.
  • Le label Demeter exige ainsi des doses d’utilisation du cuivre deux fois moins importantes qu’en AB, et l’utilisation de préparations biodynamiques à pulvériser sur le compost, le sol et la vigne. En vinification, seules les levures présentes naturellement sont autorisées et les doses de sulfites sont encore réduites (max 70mg/L de SO2 total). Seuls trois adjuvants de clarification sont autorisés. Vin bio, vin Demeter, quelle différence ?...

Le marselan, cépage emblématique de Mas Piquet

L’essai se déroule depuis un an sur une parcelle d’un hectare divisée en trois parties, soit trois placettes de dix pieds chacun par modalité. Le cépage planté est le marselan, métis de cabernet-sauvignon et de grenache, créé par l’INRA. « C’est un cépage peu répandu mais facile, moins sensible au mildiou et à l’oïdium et très qualitatif » précise Manon Baron, la directrice d’exploitation qui veille sur la mise en œuvre de l’action.

L’objectif est de produire trois vins, issus de chaque modalité, embouteillés et mis en vente dès 2017, date à laquelle le cahier des charges biodynamie sera agrée.

Les étudiants sont impliqués dans différentes tâches du protocole : mesure des paramètres sur la performance du vignoble, vinification, dégustations comparatives, analyse des coûts et commercialisation.

Manon Baron (DEA), Luc Delacote (enseignant) et François Garcia (CA 34) comparent les échantillons de sols, photo D. Dalbin
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Les différences observées entre les trois systèmes de production

La modalité en biodynamie s’est déjà distinguée par une meilleure vigueur (évaluée par le poids relatif des sarments), une maturité plus précoce du raisin, un meilleur équilibre équilibre sucre/acidité. L'état sanitaire reste comparable, le rendement est par contre plus élevé en raisonné, puis en biologique et enfin en biodynamie. Le coût de main d’œuvre est quant à lui plus élevé en biodynamie qu'en biologique et qu'en raisonné (dû notamment aux temps de préparation des traitements dans les dynamiseurs en cuivre...).

En attendant une analyse des sols par un laboratoire, une observation révèle une aération plus marquée en biodynamie. La granulométrie est plus fine et le sol plus compacté en raisonné.

Des micro-vinifications ont été réalisées fin 2015 sans collage ni filtration (1 hL par type de production). Dans l’attente des résultats du dosage des composés aromatiques, des dégustations à l’aveugle ont été proposées, notamment auprès des soixante étudiants en viticulture-œnologie, considérés comme un public averti.

On note une différenciation du vin bio dans les tests triangulaires (dans lesquels il y a une répétition du même vin dans deux des trois verres) mais les petites quantités vinifiées sont peu représentatives. Les tests de préférence donnent un léger avantage à la modalité en biodynamie. Une vinification, à l’échelle, des trois productions permettra de mieux analyser les différences en 2017.

Les tests de dégustation des trois vins d’essai dans le chai du Mas Piquet, photo D. Dalbin.
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Quelles perspectives de valorisation ?

« On a besoin de ces supports d’étude, pour former nos techniciens, s’exclame François Garcia, élu à la Chambre d’agriculture de l’Hérault et partenaire du projet, car les agriculteurs vérifient toujours après sur Internet ! ». Ce viticulteur bio de Quarante, près de Saint-Chinian, l’assure : « On diffusera bien sûr les résultats dans Performance vigne, qui a 700 abonnés dans l’Hérault, tout ça permet également d’améliorer le logiciel Mes parcelles, géré par l’APCA [Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture] ». Ce logiciel est gratuit pour les exploitations de l’enseignement agricole.

A la fin des essais en 2017, les vins issus des trois modes de production seront dégustés et commercialisés sous trois présentations distinctes afin de comparer les trois étapes contribuant à leur élaboration et mise en marché : production, vinification et vente. Les résultats techniques, organoleptiques et économiques pourront alors servir de support à la profession viticole et à l’enseignement agricole.

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 39,6 ha dont 30,2 ha de SAU
  • Viticulture : 15 ha dont la moitié en agriculture biologique
  • Céréales : 9,6 ha
  • Salariés : 2 dont 1,5 ETP
  • CA 2014 : 60 000 €

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