Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Pamiers : un système agroforestier auto-fertile pour préserver l'eau

Octobre 2017 – Philippe Cousinié et Dominique Dalbin (animateurs Réso'them de l'enseignement agricole)

 

 

L'exploitation bovin-lait de l'établissement de Pamiers convertit une parcelle de 12 ha, correspondant au périmètre rapproché d'un captage d'eau potable, en système de culture agroforestier en agriculture biologique et auto-fertile. Un défi technique et économique riche en implications pédagogiques...

 

Une zone de captage au cœur de l'exploitation de Pamiers

La terre de la parcelle de 12 ha sur laquelle nous nous trouvons est bien sèche et poussiéreuse en ce mois d'octobre. Ici, on a récolté du maïs-fourrage et on vient de semer de la vesce en agriculture biologique. On attend impatiemment la pluie pour la pousse, sur ce sol alluvionnaire très filtrant. Pourtant, l'eau est proche : la nappe de l'Ariège est à 8 m de profondeur et l'exploitation possède par ailleurs deux puits pour l'irrigation des cultures sur 17 ha. Un bosquet à quelques dizaines de mètres permet de situer le périmètre de protection immédiat du captage (plus profond), que la municipalité de Pamiers a décidé de ré-ouvrir, comme alternative au pompage direct dans l'Ariège. « Pour éviter les risques de pollution liés à la proximité de la route avec la rivière, ce captage a été mis en place dans les années 90. On peut aujourd'hui l'utiliser de nouveau, grâce à l'amélioration des techniques anti-ensablement et avec la diminution des teneurs en nitrates et en pesticides, obtenue par les mesures agro-environnementales du plan d'action territorial », précise Julien Enjalbert, le directeur de l'exploitation.

Vue aérienne des zones de protection du captage, sur l'exploitation (crédit photo EPLEFPA Pamiers)
La parcelle du projet agroforestier (périmètre rapproché). Au fond à droite : le périmètre immédiat (crédit photo D.Dalbin)
Le périmètre immédiat et, au fond, le captage (crédit photo D.Dalbin)

Une dynamique collective pour un projet agroforestier

De fait, la parcelle correspond au périmètre rapproché du captage et les contraintes sont rigoureuses sur cette zone vulnérable : apport de graines uniquement, pas d'épandage, quasiment pas de pâturage, pas d'abreuvement...  «  Cela met notre système déjà très fragile - une des rares exploitations bovins-lait en plaine qui subsiste en Ariège – en péril ! Il nous faut continuer à produire sur ces 12 ha, car on ne peut pas envisager de diminuer de 20 vaches notre troupeau » poursuit Julien.

La réflexion d'équipe a ainsi amené le projet d'implantation d'un système agroforestier, en conversion en agriculture biologique et auto-fertile (voir encadré). Ce projet s'appuie sur l'expérience de la première parcelle plantée en 2013 à proximité immédiate sur 2,2 ha. « A l'époque, je n'étais pas emballé par l'idée. C'est la visite du domaine de Perdiguier dans l'Hérault – 25 ha d'agroforesterie noyer + maïs semence - qui m'a convaincu : le paysage aussi était magnifique ! » avoue le directeur.

Cet automne les élèves du lycée et les stagiaires adultes du CFPPA planteront donc des tiges de noyers greffés et de pommiers rustiques, à raison de 80 arbres à l'ha sur des rangs espacés suffisamment (24 m) pour assurer également la poursuite de la production fourragère (légumineuses puis céréales et prairies temporaires à graminées, voir encadré). « On déclare cette parcelle en arboriculture, l'idée c'est aussi d'avoir également une production en fruits et d'impliquer toutes nos filières, y compris les SAPAT* » renchérit Julien Enjalbert.

Bien sûr, ce projet CASDAR s'entoure de partenariats précieux, intégrés au comité de pilotage : INRA (UMR System), Chambre d'agriculture, DDT**, collectivités locales, police de l'eau et agence de l'eau... Ils assurent l'accompagnement scientifique et technique, les mesures des impacts sur la qualité de l'eau ainsi que le lien et la diffusion vers le territoire des résultats qui seront obtenus d'ici à 2019.

La parcelle agroforestière, plantée d'arbres en 2013, à proximité immédiate périmètre rapproché (crédit photo Ph. Cousinié)

Un système agroforestier agro-écologique innovant

La nouvelle parcelle agroforestière va devoir relever le défi d'être auto-fertile, ce qui suppose un recyclage de la matière organique sans épandage de fumier. Ce sont donc les légumineuses qui seront au cœur du cycle : à la fois sous forme de cultures pérennes avec des allées de robiniers le long des rangs de noyers à fruits et de pommiers et avec une rotation à base de trèfle et luzerne (sur 3 à 4 ans), suivie de céréales (hors maïs) et d'une prairie de graminées. La parcelle sera plantée en deux étapes : la moitié (500 arbres) cet automne et l'autre moitié au printemps 2018. La conversion en agriculture biologique permettra de garantir la préservation de la zone de captage. La totalité de la production servira aux bovins de l'exploitation : vaches Brune des Alpes en production laitière et race Gasconne en bovins viande. L'autonomie fourragère a été atteinte sur l'exploitation et Julien Enjalbert vise l'autonomie en concentrés grâce à une nouvelle technique : « L'orge germée de l'exploitation devrait permettre de substituer une bonne part du soja importé en produisant une alimentation enrichie en protéines ».

Le cheptel bovin de la ferme : des Gasconnes... (crédit photo Ph. Cousinié)
...et des Brunes des Alpes
(crédit photo D. Dalbin)
Orge germée sous LED pour soutenir l'autonomie en concentrés (crédit photo Ph. Cousinié)

Ambassadeurs de l'agroforesterie sur leurs territoires

Les implications pédagogiques ne manquent pas ici. « L'arbre nous est apparu au départ comme un lien évident pour engager conjointement nos filières aménagement, forêt et production sur l'établissement, du CAP au BPREA » clament Emmanuel Chemineau et Frédéric Vavasseur, du CFPPA, en fers de lance de l'agroforesterie. Maxime Joulot, enseignant du lycée et référent enseigner à produire autrement, après avoir référencé les pratiques agro-écologiques sur l'exploitation, réunit les enseignants de toutes les disciplines pour développer l'appropriation du terrain par la pédagogie. Et ça marche : « Aujourd'hui, les profs se bousculent presque sur le terrain et le changement des pratiques déjà engagées vers l'agro-écologie a permis de sauver financièrement l'exploitation ! » confirme Julien Enjalbert.

Le CFPPA propose notamment une formation à l'agro-écologie, pour des agriculteurs en exercice ou en cours d'installation, et un travail sur le plan de gestion agroforestier de l'exploitation fait naturellement partie du cursus. Quant aux élèves du lycée, ils semblent contents de la place qui leur est réservée. Clarisse, fille d'agriculteur en 1ère bac pro CGEA***, qui siège au comité de pilotage en tant que représentante des élèves (avec un autre délégué d'exploitation), témoigne : « les élèves me demandent de faire remonter qu'ils veulent encore plus de TP. Cette année, on a déjà fait une lecture de paysage, et on va suivre le sol, les cultures et la faune : l'agroforesterie, c'est nouveau et sérieux ». Thaïs et Sadia, en BTSA Productions animales, vont pour leur part être impliquées dans les choix des itinéraires techniques et culturaux : « on ne connaissait pas avant, ça donne vraiment des idées si on s'installe un jour » confie Thaïs. « On peut aussi conseiller nos voisins agriculteurs avec qui on discute ! » répond Sadia. Pas de doute, l'agroforesterie compte désormais ici une armée d'ambassadeurs...

Des adultes aux apprenants, une implication large (de gauche à droite1er plan : Sadia, Thaïs – BTSA PA – et Clarisse - 1er bac pro CGEA ; 2e plan : Julien Enjalbert, directeur de l'exploitation, Maxime Joulot, enseignant et référent « Enseigner à produire autrement »,crédit photo Ph. Cousinié)

* SAPAT : baccalauréat professionnel "services aux personnes et aux territoires"

** DDT : direction départementale des territoires

*** CGEA : baccalauréat professionnel "conduite et gestion de l'entreprise agricole"

 

lien vidéo interview des acteurs

Chiffres clés de l'exploitation



  • Surface totale : 75 ha
  • Production : 1 troupeau vaches Gasconnes (20 mères en 2018) et un troupeau Brune des Alpes (75 vaches laitières et 70 génisses)
  • Salariés : 2 ETP
  • CA 2016 : ...

Contacts utiles

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