Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Saint-Flour teste le moins d’intrants vétérinaires

Mai 2016 - Emmanuelle Zanchi et Karine Boutroux (animatrices de réseaux thématiques DGER) 

Sur l’exploitation du lycée agricole, diminuer l’utilisation des intrants vétérinaires sur les bovins et les ovins devient une priorité. Commencer par du visible est un choix assumé pour Jérémy Pastourel, le directeur d’exploitation et Alice Chazal, la cheffe de projet. Cela permet d’initier des réflexions techniques et pédagogiques autour de ce changement de pratique.

Un projet pour changer ses pratiques et informer

En 2012, Le plan éco-antibio attire l’attention des éleveurs sur la nécessité de combattre les menaces croissantes de résistance aux antimicrobiens. Cette antibiorésistance concerne autant la santé humaine qu’animale. Le plan prévoit de réduire de 25%, sur 5 ans, l’usage des antibiotiques vétérinaires en développant des alternatives préservant la santé animale sans recourir aux antibiotiques.

L’idée fait son chemin et début 2014, Jérémy Pastourel fait le constat suivant : 

  • Le coût global des produits vétérinaires augmente depuis 3 ans (pas tant sur la quantité utilisée, mais sur les prix de vente).
  • L’exploitation ne parvient plus à traiter certaines mammites des vaches laitières et les diarrhées des veaux.
  • L’utilisation systématique des antiparasitaires entraîine la diffusion de produits actifs dans les prairies et dans les eaux.

Ainsi, construire un projet global de diminution d’achat des différents intrants médicamenteux, antiparisitaires comme antibiotiques s’impose. Seulement, peu de références existent alors sur des méthodes alternatives à ces traitements. Il faut donc les créer pour ensuite les diffuser vers les partenaires territoriaux et les élèves du lycée agricole. Le projet, financé par le compte d’affectation spéciale "développement agricole et rural" (CASDAR) est retenu en septembre 2014.

L’équipe-projet s’agrandit en 2015

Soutenu par l’équipe de direction, le directeur d’exploitation s’associe aux enseignants de zootechnie pour fixer le plan d’action. Cette équipe s’étoffe en septembre 2015 avec l’arrivée d’Alice Chazal comme cheffe de projet sur l’établissement. Un nouveau souffle est donné.

En parallèle, un partenariat s’installe avec un vétérinaire du cabinet sanflorain sensibilisé à la démarche. Il suit de près la mise en place du protocole de réduction du parasitisme par coproscopie*. Cette caution vétérinaire est indispensable pour fiabiliser le protocole mis en place et permettre sa valorisation.

Le remplacement de l’ensilage par du foin séché en grange dans la ration sera réalisé dès septembre 2015. Photo DGER.
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Un projet en trois temps

L’état des lieux

Le GIE zone verte*, sollicité par le directeur d’exploitation, conduit un bilan sanitaire global de l’élevage. Accompagné de six enseignants, six agriculteurs et de l’équipe de l’exploitation, le vétérinaire auditeur remet en cause des pratiques d’alimentation et de conduite d’élevage.

Certains changements sont mis en œuvre immédiatement (ordre de distribution de l’alimentation, autovaccination contre la fièvre Q*), d’autres sont facilités par la réalisation des nouveaux bâtiments d’exploitation programmée auparavant.

A l’automne 2015, un bilan économique montre qu’antibiotiques et antiparasitaires représentent à eux seuls 50% des dépenses vétérinaires. Il faut donc réduire ces deux intrants.

Les expérimentations choisies 

  • Gestion raisonnée du parasitisme ; un protocole d’évaluation du degré d’infestation des animaux par coproscopie et tests hormonaux, est mis en place en fin de pâture. C’est là où les échanges avec le vétérinaire de l’exploitation sont nombreux.
  • Complémentation alimentaire en produits à base d’huiles essentielles d’origan et de girofle, lors de l’apparition des diarrhées.
  • Test de l’ostéopathie sur le troupeau laitier et allaitant.

L’équipe suit les dépenses annuelles afin de surveiller l’évolution de la consommation des produits vétérinaires.

La valorisation pédagogique

Les élèves de Bac Pro, présents lors des premiers prélèvements de fèces, ont été sensibilisés à l’enjeu des analyses préalables aux traitements. Cette séance a donné des idées aux enseignants pour aborder concrètement les pratiques liées à la santé animale : Montrer comment faire un prélèvement pour coproscopie, analyser les résultats et discuter sur l’opportunité du traitement permet de lier deux capacités professionnelles du Bac Pro CGEA, la maîtrise technique et la prise de décision.

La mise à l’herbe, étape critique dans la gestion parasitaire. Photo DGER.
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Des "expérimentateurs diplomates"... [?]

"Montrer rapidement ce que l’on peut faire", voilà la ligne directrice du projet. L’équipe opte pour une approche curative selon deux stratégies distinctes. Les coproscopies permettent l’efficience des traitements antiparasitaires. Les difficultés à traiter les diarrhées des veaux imposent une autre stratégie. Des produits à base de plantes sont utilisés en substitution des antibiotiques. « Les résultats sont jusqu’à présent encourageants. Ils méritent d’être confirmés sur d’autres campagnes » précise Alice Chazal.

A ce stade de l’expérience, d’autres opportunités voient le jour :

  • Recourir à l'ostéopathie, en collaboration avec le Centre National des Études Supérieures d'Ostéopathie Animale.
  • Modifier la conduite au pâturage.
  • Favoriser l’approche préventive de la santé.  

La transition engagée se veut sans rupture. Cependant, le projet aborde aujourd’hui la santé animale dans sa globalité.

Les vaches quittent les cours en douce pour aller s'éclater dans l'herbe ! Photo DGER.
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...bien intégrés dans leur territoire

Dès le début du projet, Jérémy Pastourel souhaitait créer un réseau de partenaires. Ce réseau s’étoffe grâce aux collaborations à venir avec les enseignants et les élèves de l’école d’osthéopathie.

La publication des premiers résultats intéresse les EPL voisins qui envisagent de s’engager dans une dynamique similaire.

Le projet dépasse à présent le cadre régional et des programmes d’envergure nationale se dessinent comme intégrer le projet Phytomam (Évaluation de produits à base de plantes pour la gestion des mammites), porté par l’Institut de l’élevage et financé par le Casdar.

Une valorisation pédagogique pluridisciplinaire à conforter

L’expérimentation passe par le suivi attentif des analyses, des traitements et le chiffrage des actions. Chaque étape est présentée dans les instances de l’EPL et dans des comptes rendus d’expérimentation. Ces communications sont l’occasion d’échanges fournis entre les enseignants, les agriculteurs et l’équipe.

Les essais entrepris ont probablement généré autant de résultats que de questionnements. Au-delà de la complexité pratique (échantillonnage des animaux à étudier, choix de la période de prélèvement), c’est la complexité de la gestion de la santé qui se manifeste. Jérémy Pastourel résume la démarche "On n’est plus dans un problème égale une recette, mais on se demande comment empêcher l’apparition du problème".

Finalement, ce projet devrait être une occasion de repenser l’enseignement de la santé animale dès la rentrée prochaine.

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface : 138 hectares dont 135 destinés à l’alimentation du troupeau
  • 30 vaches laitières de race Montbéliarde
  • 240 000 litres valorisés en filière AOP Cantal, Fourme d’Ambert et Bleu d’Auvergne
  • 25 vaches allaitantes de race Aubrac
  • 190 brebis de race Blanche du Massif Central
  • 3 salariés (2,5 ETP) et un directeur d’exploitation

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