Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Le Chariol : près de 25 ans de conduite en bio !

Janvier 2016 - Bertrand Minaud (animateur du réseau Formabio DGER)

C'est en 1992 qu'a débuté la conduite en bio du Chariol, un des deux sites de la ferme du lycée de Brioude-Bonnefont (43). Initialement dédié uniquement à la production ovine, un atelier de volailles de chair a été mis en place en 2012 alors que le troupeau ovin passait de 500 à 380 brebis.

Au coeur du massif central, dans la vallée de l'Allier, se trouve le lycée de Brioude Bonnefont avec le site de la ferme consacré à la production de lait de vache. Parcourez environ six kilomètres vers les monts voisins et vous arrivez sur la ferme du Chariol, paysage vallonné et boisé où paissent les brebis.

Les brebis Bizet sont caractérisées par leur face noire présentant une liste blanche couvrant le museau, le chanfrein, le front et le chignon.

Une autonomie alimentaire maximum pour les ovins

« Les brebis Bizet, élevées ici dans leur berceau de race, sont bien adaptées pour à la conduite en bio dans notre système. Leur rusticité, particulèrement en période d'entretien, permet de les alimenter en limitant le recours aux aliments concentrés » précise Adrien Raballand, directeur de l'exploitation. La clé du système repose donc sur une valorisation optimale par les brebis des 35 ha de prairies permanentes et des 10 ha de prairies temporaires de trèfles / ray-grass et luzernes entrant dans la rotation. Cela passe par une gestion adaptée du pâturage : pâturage tournant avec rotation rapide et contention des animaux avec des filets déplaçables pour scinder les parcelles.

Destinés principalement à compléter l'alimentation des brebis et des agneaux en fin d'engraissement, les 10 ha restant sont consacrés à la production de céréales et protéagineux comme le blé, l'avoine, le triticale, le pois ou le maïs, cultivés seuls ou en mélanges d'espèces.

Pour parfaire le lien entre eux, les brebis et leurs agneaux sont isolées en cases un à deux jours.

Un système de reproduction maîtrisé

A l'approche de la bergerie d'agnelage, on entend les bêlements caractéristiques des jeunes agneaux et de leurs mères qui les appellent. Boîtier d'enregistrement en main, la bergère, Elisabeth Méhu, s'active à identifier chacun des agneaux avec sa boucle électronique avant de compléter l'information dans le logiciel OVITEL. «Nous avons un suivi individuel de chacun des animaux du troupeau tout au long de sa vie, et nous pouvons avoir facilement une synthèse des résultats techniques des lots ; ce côté nouvelles technologies intéresse particulièrement les élèves» insiste Elisabeth pour qui c'est indispensable à la conduite de la troupe en sélection.

La reproduction est donc organisée avec méthode et précision pour répondre tout à la fois aux objectifs de production d'agneaux de boucherie de manière assez régulière sur l'année, mais des agnelles et béliers sont aussi élevés pour renouveler le troupeau. En bio, pas d'utilisation possible d'hormones pour induire les chaleurs des brebis en contre-saison. L'aptitude naturelle au désaisonnement de la race Bizet est renforcé par la pratique des techniques de flushing et de l'effet bélier. Les animaux pour le renouvellement sont issus principalement de ces agnelages d'automne. Des béliers avec de meilleures aptitudes à la production de viande (moutons Charollais, Ile de France) sont utilisés plus particulièrement pour les agnelages de fin de saison.

Un atelier ovin qui tente de trouver son équilibre

Chargement 1 UGB/ha ; 1,5 à 1,6 agneaux nés par brebis ; 12 % de mortalité d'agneaux, une vente significative de reproducteurs à des prix satisfaisants et des agneaux de boucherie dont le prix est stable malgré une valorisation économique à renforcer ; un système alimentaire qui garantit l'autonomie énergétique de l'ensemble du troupeau mais avec des voies d'amélioration sur le volet protéique ; une marge brute, très impactée par l'effet « année fourragère », insuffisante et à hauteur de 51 € par brebis pour 2014. Une meilleure valorisation des agneaux via de nouveaux débouchés est nécessaire. La vente directe pourrait être développée.

Pour Adrien, « si la situation est aujourd'hui globalement positive, c'est grâce à la réorganisation du système global qui a été nécessaire pour retrouver un équilibre économique et maintenir l'emploi de la bergère. Nous avons diminué la taille du troupeau pour adapter le chargement à la capacité du milieu à produire en relative autonomie ; en parallèle, nous avons créé l'atelier volailles de chair.

Un atelier poulets bio performant

Très classique dans le monde intégré de la volaille en filière longue, l'atelier est constitué de deux bâtiments fixes de 480 mètres carrés chacun. Le parcours attenant à chaque bâtiment est d'une surface proche de deux hectares. Chaque année sont produits trois bandes de 9600 poulets abattus à l'âge de trois mois environ (2,16 kg). Les poussins et les aliments sont fournis par la coopérative à laquelle adhère l'établissement pour cette activité. Utilisés pour la fertilisation des cultures bio, les fumiers de volailles ont un impact agronomique très intéressant.

Pour l'atelier, encore récent, les résultats technico-économiques sont bons par rapport à la moyenne du groupement. Il contribue ainsi pleinement à l'équilibre économique de la ferme du Chariol. « Il convient toutefois d'améliorer l'utilisation des parcours par les poulets » note Adrien qui explique leur différence d'utilisation d'un bâtiment à l'autre par le nombre et positionnement des arbres qui y sont présents.

Prairies avec les noyers noirs ; brebis au pâturage avec leurs agneaux.

Prairies, animaux, arbres et haies : l'équipe gagnante !

Les multiples intérêts des arbres et haies dans les parcours volailles ont bien été montré dans le cadre de récents travaux de recherche (CASDAR Parcours). Ici l'enjeu priotaire vise à sécuriser les animaux pour une meilleure utilisation du parcours grâce aux abris, protecteurs contre les rapaces et régulateurs thermiques en période estivale. Imaginée avec la « mission haies Auvergne », c'est une plantation de haie dite « en peigne » qui va être réalisée sur les parcours prochainement.

A l'image des vaches pâturant les pré-vergers de Normandie, implanter des arbres au milieu de prairies ou cultiver entre les arbres serait une vieille idée pleine de modernité. Alors qu'est tout juste lancé, dans le cadre du projet agro-écologique pour la France, le plan national de développement de l'agroforesterie, la ferme du Chariol dispose d'un dispositif expérimental en agroforesterie. Mis en place il y a 25 ans en collaboration avec l'IRSTEA (CEMAGREF à l'époque) et l'INRA, il visait à comparer différentes densités de noyers noirs destinés à une production de bois d'oeuvre : 50, 100 et 200 arbres par hectare avec des inter-rangs de quinze mètres.

Alors que le suivi de ce dispositif avait été quelque peu délaissé, le récent intérêt pour la question de l'arbre dans les systèmes a permis le retour de chercheurs sur le site et l'intégration de l'établissement dans un programme de recherche dédié au sujet (CASDAR ARBRELE). Plus globalement, la question de la valorisation énergétique de la ressource issue des bois et haies constitue un axe de travail du projet d'exploitation de l'établissement.

Pédagogie, développement, recherche à la ferme du Chariol

Ferme de référence ovine pour l'INRA de Theix, dispositifs agroforestiers, réflexions sur les haies, projet MELIBIO prairies à flores variées avec le Pôle Bio Massif Central... sont quelques unes des actions illustrant l'implication de l'établissement, via la ferme du Chariol, dans des actions de recherche et développement territorial.

Malgré la distance, les élèves et leurs enseignants utilisent la ferme régulièrement : travaux pratiques, suivi des cultures et des élevages. Ils participent aussi aux différents travaux lors de mini stages ou ponctuellement, par exemple, pour attraper les poulets à livrer !

Contact : adrien.raballand@educagri.fr

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 124 ha
  • Surface en AB : 55 ha
  • 65 vaches laitières (560 000 litres de lait)
  • 380 brebis Bizet (bio)
  • 9 600 poulets/an (bio)
  • Salariés : 3