Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Chartres La Saussaye, main dans la main avec les acteurs du territoire pour protéger les captages d’eau.

Février 2017 - Jean-Marie Morin, Patrice Cayre, animateurs de réseaux DGER (Réso’them)

Comment rester en prise avec la profession agricole du territoire et former les apprenants de l’établissement à l’agro-écologie dans une région de grandes cultures intensives impactant fortement la qualité de l’eau? C’est le cadre de travail de l’équipe de Chartres La Saussaye via le projet CASDAR TAE « Enseigner et conseiller autrement. ». Expérimentations système, diagnostics écologiques chez les agriculteurs et participation aux actions de développement structurent ce projet.

Une constante : le partenariat avec la profession et le territoire

Achetée en 1962 par le Ministère de l’Agriculture, la structure de la ferme de la Saussaye est la même depuis le 17ème siècle : 140 hectares d’un seul tenant. Les évolutions des systèmes techniques (prédominance céréales et abandon progressif de l’élevage) sont calqués sur ceux de la profession beauceronne. Ces choix sont reconnus par la chambre d’agriculture partenaire du dispositif expérimental depuis la campagne 2008-2009.

Afin de réaliser les suivis techniques et d’analyser les résultats, elle a mis à disposition deux ingénieurs à mi-temps : Lucille Guillomo pilote les essais de réductions d’intrants sur une vingtaine d’hectares conduits en agriculture intégrée et Matthieu Le Bras gère le système bio sur une surface identique.

Ces expérimentations conduites sur l’exploitation ne relèvent pas seulement de choix techniques ; elles visent aussi et surtout  à répondre à des enjeux environnementaux et régionaux forts : 17,5% des captages d’eau d’Eure-et-Loir sont au dessus de la norme nitrates de 50 mg/l. Pour retrouver une qualité d’eau compatible avec sa consommation, tous les acteurs du territoire doivent s’engager et l’établissement joue un rôle important. En s’impliquant dans la transition agro-écologique sur l’exploitation via les expérimentations, mais en donnant aussi à voir son travail et ses résultats au delà de l’établissement et du monde agricole, l’établissement contribue à promouvoir l’agroécologie : « En janvier 2017, nous avons organisé une journée avec les élus de Chartres métropole sur l’agro-écologie pour montrer ce qui se fait sur l’exploitation avec les systèmes bio et réduction des intrants » rappelle Frédérique Eble, directrice de l’établissement.

Bruno Pontier, directeur de l'exploitation, assure le pilotage de la production et le lien avec les expérimentations et la pédagogie. 

Ces expérimentations servent souvent de support d’apprentissage où les élèves participent aux relevés et aux comptages et les résultats sont régulièrement présentés en classe. Ainsi, « on voit différents systèmes » nous dit Léo, élève de Première Bac pro CGEA, en mini-stage sur l’exploitation. Comme il l’exprime, cela lui permet de se questionner et de se projeter dans l’avenir pour réfléchir à sa future installation : «  ça nous servira plus tard, (…) moi je veux faire un BTS ensuite, je pourrai voir l’évolution des cultures pendant mes quatre années à la Saussaye et me faire une idée pour mon installation ».

Les bâtiments du 19ème siècle
Présentation de l'expérimentation AB
Léo veut suivre les cultures sur plusieurs années

Deux essais systèmes longue durée sur l'exploitation :

  • 20 ha en bio avec deux modalités : système autonome sans intrants ; système productif avec intrants et recherche de valeur ajoutée
  • 20 ha en agriculture intégrée (financement Agence de l’eau Seine Normandie) : réduction des intrants, désherbage mécanique, évolution de la rotation.
  • La transition agro-écologique ne se fait pas seulement sur l’exploitation de l’EPL

    Le reproche souvent fait aux fermes des établissements d’enseignement agricole est de ne pas être soumise aux contraintes réelles de la profession. Cette idée peut tendre à minimiser la portée démonstrative des expérimentations, d’autant que « les élèves sont souvent sceptiques quand on leur parle d’écologie et de pratiques trop différentes de celles de leurs parents comme le binage des céréales par exemple » précise Romain Perrineau coordinateur du BTS ACSE par voie scolaire.

    Aussi, pour répondre à cette limite, le projet s’est déployé par delà la ferme du lycée en s’appuyant sur le réseau d’exploitations DEPHY  de la chambre d’agriculture. Depuis 2014, les élèves des deux classes de BTSA ACSE par voies scolaire et par apprentissage conduisent chaque année une étude sur deux fermes du réseau. Les élèves réalisent d’abord une visite où l’agriculteur présente son système et ses orientations. Ensuite, ils effectuent un ensemble de relevés pour effectuer un diagnostic agronomique, économique et écologique, mesurant en particulier la biodiversité présente sur ces fermes innovantes. Les données recueillies leur permettent alors de réfléchir aux éventuelles voies d’amélioration agro-écologiques, au regard des attendus des agriculteurs et, pour les plus « aguerris » comme les apprentis, de faire des propositions très concrètes d’aménagement et d’itinéraires techniques. Celles ci sont présentées aux agriculteurs des fermes supports en décembre en présence de l’ensemble des agriculteurs du réseau DEPHY et des élèves des deux classes de BTSA ACSE.

    Le but est de former de futurs agriculteurs ou techniciens en les confrontant aux réalités du terrain. Cécile Durand, coordinatrice des BTS ACSE par apprentissage apprécie particulièrement ces situations de formation hors de l’établissement : « Pour les apprentis, çà sort des sentiers battus, ils y prennent du plaisir » . 

    L’apprentissage doux de la co-conception du conseil en agriculture

    Romain coordonne le travail des élèves de BTS avec les conseillers

    A l’issue de ces présentations, l’après midi est consacrée à la prospective sur chaque ferme du réseau DEPHY. En décembre 2015, deux élèves assistaient à l’entretien entre le conseiller de terrain et l’agriculteur. Ces derniers construisaient ensemble les itinéraires techniques plus en phase avec l’agro-écologie. « La co-conception du conseil , ce n’est pas évident, les agriculteurs aiment bien qu’on leur dise des choses claires »  reconnaît Romain. Aussi, depuis 2016, la méthode a évoluée et le travail se fait en groupe complet à partir d’un schéma décisionnel proposé par une conseillère de la chambre.

    Même si les élèves ne sont pas directement acteurs dans ces propositions, ils peuvent d’une part, mieux comprendre comment se construit la réflexion globale de l’agriculteur et d’autre part, appréhender plus concrètement ce qu’est une situation de conseil, situation à laquelle certains élèves auront à se confronter s’ils deviennent conseiller.

    Tout ce travail est rendu possible grâce à une étroite collaboration de l’établissement et de ses agents avec la chambre d’agriculture. En retour, les étudiants réalisent en fin d’année une enquête par courriel auprès de l’ensemble des agriculteurs du département pour le compte de la chambre d’agriculture afin de mieux connaître leurs sources d’information.

    L’approche culturelle n’est pas oubliée

    Pour compléter ce travail, des élèves d’autres classes, encadrés par leur professeur d’ESC réalisent des séries photographiques des interventions et des résultats sur les parcelles en bio et en intégré de l’exploitation pour montrer les différences et les particularités de chacun de ces systèmes. Outre des ambitions de formation, cette activité a pour objectif concret de produire une exposition et un livre de photos. Pour l’heure, la base de données photos est en cours de traitement et il reste à trouver les angles de présentation et concevoir les légendes et commentaires.

    Cette année 2016, ce travail de collecte a été particulièrement rendu difficile par les mauvaises conditions météorologiques ; les focales, à partir des photos disponibles, restent difficile à trouver – même pour les enseignants – tant les rendements sur les parcelles suivies ont été catastrophiques et sont peu représentatifs des situations habituelles.

     

    Le projet se termine en décembre 2017. Mais il s’inscrit à la fois dans le prolongement de projets précédents (comme ecophyto), en écho avec d’autres projets actuels (Casdar Innovabio, Capable …) et semble conditionner durablement les orientations à venir de l’établissement. Les équipes souhaitent poursuivre ce travail de collaboration avec le réseau d’agriculteurs engagés dans l’agro-écologie. Cette perspective s’avère d’autant plus incontournable que « cette approche est totalement en phase avec les nouveaux référentiels de l’enseignement agricole. Aujourd’hui, quelqu’un qui ne sait pas faire un projet de conversion bio en BTS, ce n’est plus possible. » conclut Tony Metivier, enseignant en agronomie.

    Vulpin : difficile à contrôler dans les systèmes céréaliers
    Le ver de terre, l'allié de l'agriculteur qui le protège

    Ressources :

  • vidéo ecophyto action 16 à la Saussaye : https://www.dropbox.com/personal?preview=EPL+CHARTRES_2.mp4
  • Fiche action: http://reseau-eau.educagri.fr/wakka.php?wiki=AgricultureEtProtectionDeCaptagechartres
  • Site internet: http://www.legta.chartres.educagri.fr/
  • Chiffres clés de l'exploitation

    • Surface totale : 140 ha de cultures dont 39 ha en AB (20 en expérimentation bio autonome et productif)
    • ETP : 1 et saisonnier moisson
    • Cultures principales système intégré : Pois de printemps– Blé dur- Colza – Blé tendre – Lin printemps – Féverole d’hiver – Orge de printemps - Epinard semence – coriandre semence
    • Cultures principales en AB : Luzerne – Blé – orge – lentille – féverole.

    Contacts utiles : EPLEFPA de Chartres La Saussaye

    MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

    1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP