Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

La Barotte mise sur la diversification et sur la qualité de son lait de vache

Juin 2019 - Dominique Dalbin et Emmanuelle Zanchi, animateurs Réso’them de l’enseignement agricole

La ferme laitière de l’établissement de Chatillon-sur-Seine s’engage activement dans la reconception de son système de production et de commercialisation, avec la qualité de produit comme credo. Rencontre avec le nouveau directeur d’exploitation, Antoine Schmith…

 

« J’ai vu ici l’exploitation sous toutes ses facettes », débute Antoine en nous accueillant. Le tout jeune directeur a en effet été étudiant ici en BTS (avant de continuer ses études à Dijon), puis enseignant en économie-gestion jusqu’à prendre ses fonctions sur la ferme depuis un an seulement. « C’était à l’époque une exploitation typique du Chatillonnais, toute seule au milieu des champs avec des vaches laitières Prim’Holstein, une troupe de 200 brebis Mérinos du Chatillonnais, des porcs, des volailles, sur de très bonne terres à fort potentiel ». Aujourd’hui, c’est 130 ha de SAU en polyculture-élevage (insuffisant toutefois pour être autonome à 100 %) et un atelier de 50 vaches laitières race Brune (depuis 2013) produisant un lait de qualité (avec un taux intéressant de protéines et de matières grasses) vendu jusqu’à 380 euros les 1 000 litres (pour une production annuelle de 430 000 litres). « L’année dernière on a baissé le troupeau de 70 à 50 têtes, mais on maintient le même niveau de production en apportant du fourrage de qualité (luzerne, trèfle) et en diminuant la part de maïs et des concentrés. Bref, on intensifie avec de l’herbe. On exclut les OGM, on n’achète plus que des mélanges de tourteaux français, pour seulement 1 kg/vache/jour quand les vaches sont au pâturage. Et en plus, on a moins de souci avec l’état des vaches : moins de boiteries, moins d’antibios ! » poursuit Antoine.

Du sorgho et des mélanges prairiaux pour s’adapter aux aléas climatiques

Diminuer le nombre de vaches laitières donne de la souplesse au système et permet de s’adapter au changement climatique. Cette année, Antoine a implanté trois ha de sorgho, dans le cadre d’une expérimentation conduite avec la Chambre d’agriculture. L’enjeu est de tester la substitution de l’ensilage de maïs par le sorgho d’ici cinq à six ans.  Dans la région, le rendement en ensilage de maïs est de 12 à 13 tonnes de matière sèche/ha/an, mais il peut chuter à six tonnes en année de sécheresse. Or, depuis quelques années, la sécheresse, habituelle l’été, se décale au printemps. Les rendements du sorgho dans le Chatillonnais ne sont pas définis mais Antoine observe, dans ses parcelles, que « le sorgho résiste déjà mieux au sec que le maïs ». Des journées techniques sont planifiées pour présenter les premiers résultats. En parallèle, de nouveaux mélanges prairiaux ont été implantés pour mieux résister à la sécheresse : dactyle, fétuque et luzerne ont remplacé le traditionnel ray grass. L’exploitation achète également de l’herbe sur pied auprès d’agriculteurs céréaliers, qui cultivent des mélanges de trèfle et luzerne. « Certains voisins ont arrêté de cultiver du colza car ils étaient dans des impasses techniques pour lutter contre les insectes ravageurs. Ils sèment maintenant de l’herbe que nous fauchons. En échange, on épand sur leurs parcelles du fumier et du lisier de nos vaches » explique Antoine. Un bel exemple de système de polyculture-élevage à l’échelle d’un territoire.

Veaux en caissettes pour la vente directe

La recherche de plus-value est constante. En 2018, l’exploitation produisait un excédent de 10 000 litres de lait par rapport à sa production de référence. Antoine a alors passé commande aux étudiants de BTS ACSE pour qu’ils étudient l’opportunité de produire quelques veaux de boucherie, élevés au lait. Dans le cadre d’un Module d’Initiative Locale « Diversification en agriculture », les étudiants, accompagnés d’un enseignant en productions animales et agronomie, ont fait une étude technique et économique puis l’ont présenté au directeur d’exploitation. Ils ont également imaginé un flyer pour communiquer auprès des clients. Aujourd’hui, l’exploitation commercialise un veau tous les deux mois. Ils sont abattus à trois mois et conditionnés en caissettes de 5 et 10 kg par l’abattoir de Chatillon-sur-Seine. La clientèle se développe. Convaincu par le travail des étudiants, Antoine envisage de leur confier un autre projet à la rentrée prochaine ; peut être la réintroduction d’une race rustique d’ovin dans l’exploitation ?

Un lien à la pédagogie très concret…et un engagement actif sur la ressource en eau

Dans le bâtiment d’élevage des génisses, nous croisons un groupe d’élèves de seconde professionnelle Productions affairés, en compagnie d’Eric Demouron enseignant en zootechnie, à améliorer l’ergonomie de l’espace de contention des vaches : fixation de poteaux au sol, de palissades de planches pour mieux guider les animaux et éviter les blessures…et pour un meilleur confort des apprenant en TP. « C’était une proposition spontanée d’Eric, il avait juste besoin de 300 euros de matériel que je lui ai donné sans sourciller » commente confiant Antoine. Il faut dire qu’ici, cela fait longtemps que la pédagogie s’est emparée de la ferme comme support : deux à trois classes d’eau notamment sont conduites chaque année, sous forme de chantiers-écoles essentiellement, pour la mise en défens des berges des cours d’eau sur les parcelles et l’aménagement de points d’abreuvement sécurisés. En 2013 une classe d’eau pour les éleveurs du territoire a même été proposée, en lien avec Sofie Aublin, animatrice du réseau EDD de l’enseignement agricole.
L’exploitation a également, en lien avec le CFPPA, monté et chiffré le projet de récupération des eaux de pluie de l’ensemble des bâtiments, pour le lavage des machines de travaux publics (le CFPPA est labellisé "Pôle d’excellence des travaux publics de Bourgogne Franche-Comté" et propose des formations sur la conduite d’engins). L’Agence de l’eau Seine-Normandie s’est montrée intéressée également par le projet de zone de lagunage pour traiter ces eaux de lavage… Affaire à suivre !

Les 3 questions de fin

- De quoi êtes-vous le plus fier ?" De l’évolution que prend l’exploitation, depuis que je l’ai connu comme élève, en interne (le lait à la cantine) et en externe (le développement des liens avec les céréaliers)."
- S’il fallait améliorer quelque chose ?? « J’ai plein d’idées : continuer à fond sur l’herbe… et arrêter le maïs ! Trouver du foncier et des moyens pour acheter du matériel agricole pour être plus autonomes dans les travaux. Sans compter le projet de méthaniseur collectif… "
- Un conseil à donner à un éventuel successeur ?? « Aller doucement, pour ne pas brusquer les gens en interne : pas trop tout d’un coup ! Mais continuer sur notre lancée…"

L’exploitation en chiffres

SAU : 130 ha

Atelier lait : 50 Brunes, 430 000 litres de lait/an

Cultures : 70 ha prairies permanentes, 18 ha de prairies temporaires, 20 ha de maïs et sorgho et 20 ha de céréales pour l’autoconsommation

3 salariés, 2,5 ETP


Contacts / en savoir plus :

Marie-Catherine Arbellot-de-Vacqueur, directrice marie-catherine.arbellot-de-vacqueur@educagri.fr

Antoine Schmith, DEA, antoine.schmith@educagri.fr

Site de l’établissement : www.labarotte.fr

Fiche-action sur la classe d’eau éleveurs (2013)

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP