Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Saint Aubin du Cormier :  Engraisser à l’herbe c’est possible !

Février 2019, Hervé Longy, Jean Luc Toullec, animateurs Réso’them de l'enseignement agricole

Produire des kilos de viande bovine et ovine avec comme priorité le tout herbe et la pratique de l’éco pâturage, c’est possible et même en AB...

Un élevage en terre de Landes

 

Des parcelles bordées de haies, avec des chênes centenaires, un paysage bocager, des prairies naturelles…quoi de plus naturel que de voir des ruminants pâturer ! Le décor est planté, nous sommes en Bretagne à Saint-Aubin du Cormier, au lieu-dit  « la lande de la rencontre ». Sur ces terres de landes réputées peu productives, des anciens pâturages communaux, il peut paraitre compliqué de conduire des Blondes d’aquitaine en agriculture biologique, et des ovins d’une race locale à très faible effectif (les bien nommés Landes de Bretagne), surtout d’en faire une activité suffisamment rémunératrice pour payer un salarié et être crédible pédagogiquement. C’est pourtant le défi relevé par Antoine de Vallavieille et l’équipe de l’établissement.

 

Un système misant sur l’autonomie et la valeur ajoutée

Le système d’élevage mis en place est cohérent et valorise au mieux le couplage entre la production naturelle des prairies et la conduite des animaux. Plusieurs particularités ont été mises en place progressivement, en particulier avec l’aide la coopérative Scopela et de la méthode patur’ajuste.

 

Premièrement, Antoine cherche à optimiser les fourrages herbagers tout au long de l’année : 55 vaches de race Blondes d’Aquitaine pâturent pendant plus de 270 jours (du 1er avril au 30 novembre) les 62 ha d’herbe de l’exploitation de Saint Aubin du Cormier. Un pâturage tournant sur 13 paddocks est mis en place pour une quarantaine d’UGB sur le site du lycée. Une autre partie des terres située à 3 km reçoit les génisses et les vaches gestantes, toujours avec un système de pâturage tournant sur 8 paddocks. Les autres parcelles plus morcelées servent en partie à faire les 180 T de stocks fourragers. Des analyses des valeurs nutritives sont réalisés sur les coupes d’enrubannage et de foin. Le stockage étant très important pour gérer la distribution hivernale, les fourrages sont étiquetés au moment de la récolte.

 

En complément, Antoine précise que « l’exploitation produit du méteil sur 4 ha, ce qui permet d’augmenter la production de lait, surtout en début de lactation » en distribuant 1 à 2 kg par jour et par vache. Les veaux ne sont donc pas complémentés, la sélection sur l’aptitude laitière (Index Alait 105 2) est donc très efficace et se traduit dans les chiffres : 350 kg de viande vive brute produite par UGB de manière autonome. Cette conduite autonome est étudiée dans le cadre du programme Beef Carbon (plan carbone de la filière viande bovine) avec une réflexion sur les leviers pour réduire les émissions.

 

Une autre particularité de ce troupeau est, également, l’utilisation systématique de l’insémination artificielle. Un taureau vasectomisé aide à atteindre cet objectif. Les vêlages ont lieu selon 2 saisons, automne et printemps avec une volonté de faire vêler les génisses à 30 mois grâce à une sélection et une conduite rigoureuse.

 

Enfin la dernière particularité est l’engraissement des animaux a l’herbe. Les vaches de boucherie sont au pâturage dés que la saison le permet. L’objectif de produire des animaux ayant la note  trois pour l’état d’engraissement est atteint avec un poids carcasse d’environ 450 Kg pour un prix moyen allant de 5 à 6,8 € /kg carcasse  suivant leur destination. La vente directe ou en circuit court et le label AB permettent de valoriser au mieux cette production.

 

Conservation d’une race et éco-pâturage, un nouveau rôle pour l’exploitation

 

Du côté ovin, les 60 brebis Landes de Bretagne participent à une nouvelle fonctionnalité de l’agriculture :  entretenir des espaces par de l’éco pâturage sur un camp militaire proche et des bassins de rétention d’eau dans des lotissements de la commune. Bien entendu Antoine souligne le travail de surveillance et de pose de clôture que cela demande. Mais cela permet aussi de faire connaitre et reconnaitre le travail de l’exploitation sur son territoire. Produire des références et des agneaux de 12 à 14 mois à l’herbe et les valoriser en vente directe permet de compléter l’offre de viande de Saint Aubin du Cormier. Antoine est heureux de la satisfaction de ces clients !

D’un point de vue pédagogique, l’exploitation est très utilisée par les différentes filières. Son approche agroécologique dans un environnement de qualité en fait un formidable support pour l’observation et l’apprentissage pour les apprenants de la filière production (Bac pro CGEA) mais aussi les filières « nature » (Bac pro GMNF, BTS GPN) ou les filières « paysage » (Bac pro AP).

Par exemple, récemment, un audit sur la biosécurité en élevage bovin a été réalisé par une classe de Bac Pro CGEA avec l’appui du GDS Bretagne, en vue d’aboutir à des propositions d’améliorations. Les classes de GMNF et GPN travaillent sur un diagnostic des haies, en vue de réaliser un plan de gestion, en lien avec le projet d’Atlas de la biodiversité communale mené par la commune.

 

Antoine nous confie fièrement que cette exploitation de taille moyenne tire son épingle du jeu sur le territoire, en ayant un modèle technico économique efficace !

 


Les trois questions de fin : 

De quoi êtes-vous le + fier ?  « Du modèle économique et de la cohérence du système de production »

S’il fallait améliorer quelque chose ?  « Trouver de la SAU pour mettre en adéquation le nombre de place dans le bâtiment avec la surface ! »

Un conseil pour mon éventuel successeur ? « Sans remettre en cause le système, ne rien s'interdire notamment sur l’autonomie alimentaire ! »

 


 

L’exploitation de Saint-Aubin du Cormier  2018 en chiffres

SAU :  65 ha et 15 ha d’eco pâturage

 

Productions : 55 VA Blonde d Aquitaine en AB et 60 brebis Lande de bretagne en AB

 

Commercialisation :   Vente directe en caissette et SAS Bretagne Viande Bio

 

Chiffre d’affaires 2017 : 75 000 €

 

Contacts utiles :

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP