Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

L’agro-écologie à Mayotte : du jardin mahorais au Banga des délices

Novembre 2017- Karine Boutroux et Philippe Cousinié (animateurs Réso'them de l'enseignement agricole), Laetitia Vannesson (DEA exploitation EPN Coconi), Mohamed Yazide (enseignant d’agronomie EPN Coconi)  et Thomas Chesneau (responsable pôle maraîchage RITA et Ecophyto Dephy Ferme) ; avec l’appui de Nathalie de Turckheim (chargée de mission DGER/BDAPI).

L’EPN (Etablissement Public National) de Coconi est largement impliqué dans la transition agro-écologique à Mayotte avec le projet CASDAR TAE « Révabio », des techniques innovantes en maraîchage et l’expérimentation de plusieurs systèmes agroforestiers innovants : poivriers en terrasses, systèmes en bandes alternées et cocotiers associés à du fourrage. Une partie de la production de l’exploitation est transformée et vendue, sur place,  au Banga des délices.

Du jardin mahorais traditionnel à une agroforesterie innovante

Le paysan traditionnel mahorais pratique une agriculture itinérante basée sur l’agroforesterie, avec des méthodes ancestrales agroécologiques. Cependant, les rendements restent faibles et la valorisation commerciale est quasi inexistante. Le Lycée agricole de Coconi a décidé de mettre en place des expérimentations afin d’optimiser les jardins mahorais et renforcer leur productivité économique en combinant production vivrière et alimentaire, production d’arbres fourragers, préservation de la biodiversité, gestion durable de l’eau et lutte contre l’érosion des sols.L’enjeu sera de favoriser un transfert chez les agriculteurs mahorais.

Un plan de gestion agroforestier a été réalisé pour produire du bois en complément des activités agricoles : Bois Raméal Fragmenté (BRF) pour le maraîchage, renforcement de la production agricole grâce aux services agro-écologiques rendus par les arbres ;  production des services écosystémiques (bandes antiérosives, biomasse, biodiversité et gestion de l’eau) et utilisation des espaces entre les lignes de poivriers (sur tuteurs de « sandragon » : Pterocarpus indicus) par des cultures (curcuma, gingembre, piment et bananeraie).

 (Vidéo ressource)

Des cocotiers hybrides au service d’une autonomie alimentaire du troupeau

Disposant de 2,5 ha de cocotiers mis en place dans le cadre d’un programme expérimental de production de plants hybrides pour la régénération de la cocoteraie mahoraise, l’exploitation de Coconi a choisi de valoriser les surfaces sous cocotier en associant des cultures fourragères dans l’inter-rang. L’implantation a été réalisée avec l’aide des élèves et apprentis en cours d’agroéquipement et d’agronomie. « La parcelle  est aujourd’hui en production avec un rendement 1ère coupe de 25 t de matière brute sur 50 ares. Fin 2016, le reste de la parcelle a été semée en bracharia  (semis à la volée) », précise Laetitia Vannesson.  D’autres parcelles de canne fourragère avaient été renouvelées en 2015 afin de réaliser un chantier d’ensilage pour assurer l’alimentation en saison sèche du troupeau (Vidéo témoin).

Une exemplarité dans la réduction des produits phytosanitaires en maraîchage

Depuis plusieurs années, l’exploitation s’investit dans le développement, l’expérimentation et le transfert de techniques de réduction des produits phytosanitaires. Elle met en place des expérimentations en partenariat avec le CIRAD dans le cadre du Réseau d’Innovation et de Transfert Agricole (RITA).

« Une technique de lutte physique par filet a été mise au point permettant ainsi de réduire de 70,6 % le taux de fruits piqués sur courgette tout en augmentant de 2,1 kg/m² le rendement par rapport à un témoin conventionnel sans filet constitué de 2 traitements insecticide contre les mouches » explique Thomas Chesneau, ingénieur Ecophyto Dephy ferme. Cette technique est en cours d’adaptation sur la tomate pour gérer une autre espèce de mouche des légumes et diversifier les usages de cette innovation

L’exploitation de Coconi produit des légumes (tomates, courgettes, aubergines, salades, etc) sans intrants chimiques. Sans diminution de rendement, ces produits de très bonne qualité sont bien valorisés et répondent à la demande d’une clientèle en progression constante.

La lutte physique contre la mouche des légumes

  • Cette fonction de recherche est couplée depuis maintenant 2 ans par l’intégration de l’atelier au premier réseau DEPHY Ferme légumes ECOPHYTO créé dans les DOM-TOM depuis 2015 dont l’exploitation est la ferme pilote. Fort de son système en rupture importante avec l’utilisation des produits phytosanitaires, elle accompagne, via son animateur réseau, les exploitants maraîchers pour co-concevoir des systèmes de cultures économes en produits phytosanitaires. Un suivi régulier ainsi que des sessions de démonstration et des outils de transfert sont proposés à l’intérieur et à l’extérieur du réseau avec une participation des apprenants du lycée pour une meilleure diffusion des pratiques. Ce réseau s’appuie largement sur les innovations développées dans le cadre du RITA et utilisées sur l’atelier et dans les exploitations du réseau. Thomas Chesneau est l’animateur de ces deux réseaux.

Des systèmes de production durable à Mayotte : exemple d’implication d’une exploitation

La préoccupation du maintien de la ressource en eau et le domaine de l’énergie sont des sujets transversaux au développement des filières. L’exploitation a mis en place deux bâtiments volaille de chair autonomes en eau et en énergie. La récupération des eaux de pluies avec un système de potabilisation (chlore et UV) et l’implantation de panneaux photovoltaïques permettent à ces deux bâtiments d’être autonomes. La sécheresse subie ces derniers mois (eau courante délivrée 1 jour sur 3 pour tout le sud de l’île) a rendu encore plus prégnante la nécessité de limiter les pertes en eau et de valoriser l’eau de pluie. Le projet de modernisation de l’exploitation prévoit la mise en place de citernes souples (100 m3) pour approvisionner l’ensemble du pôle maraichage dès la saison des pluies prochaine. Porteur de projet ou partenaires des actions de structuration des filières volailles de chair, fruits et légumes ou encore apiculture….., l’EPN de Coconi est au cœur de l’animation du territoire et participe via l’exploitation et l’atelier agro-alimentaire aux programmes de développement rural (PDR).

Un outil de démonstration et de développement local : le pôle atelier agro-alimentaire (AAA)

Le pôle regroupe l’abattoir relai, seul abattoir agréé de l’île pour l’abattage des volailles, un atelier de transformation des produits végétaux qui permet aux agriculteurs de transformer leur production en jus, confitures, pâtes de fruit, etc. Selon Laetitia : «A vocation pédagogique, l’atelier agro-alimentaire est à la disposition des agriculteurs qui y trouvent les outils nécessaires pour transformer leur production dans le respect des normes sanitaires et réglementaires. C’est aussi un lieu d’expérimentation en recherche d’innovation dans les process de transformation pour les productions traditionnelles de l’île (jus de tamarin, baobab, papaye) pour permettre une diversification de leur activité et à terme le développement de l’agrotourisme ».

Afin d’assurer un écoulement régulier du lait produit sur l’exploitation, et surtout en dehors de la consommation saisonnière associée  aux événements religieux, la ferme a mis en place un atelier de fabrication de yaourt et de caillé. Cette compétence autour de la fabrication et de la mise en place du plan de maitrise sanitaire sur la transformation de yaourts fermiers a également été valorisée pour un agriculteur du Nord de l’île. La diversification de l’activité se poursuit avec l’étude d’une laiterie collective, portée par la coopérative des agriculteurs mahorais.

De la diversification de l’activité de la ferme à l’offre d’un système alimentaire local

Les débouchés des produits de l’exploitation sont variés. « La vente directe est la voie de commercialisation que nous privilégions grâce à un magasin de vente présent sur le site du lycée : le « Banga des délices » » explique Laetitia. Ouvert les jeudi et samedi matins, les 2/3 des légumes produits sur l’atelier maraichage y sont vendus, ainsi que la gamme propre à l’établissement « le goût de la nature » des produits transformés. L’offre est élargie aux poulets de chair, canards  et lapins abattus sur l’abattoir. Des livraisons de paniers (type AMAP) complètent trois fois par mois cette activité. «Notre succès trouve sa limite dans la disponibilité des produits issus du maraichage. Les grandes surfaces font également partie de nos acheteurs mais notre stratégie de commercialisation repose sur la diversité des clients. Restaurateurs et particuliers sont alors privilégiés » précise Laetitia. La cantine scolaire constitue un débouché à développer : « Nos productions sont également proposées à la cantine de l’établissement (une des rares de l’île). Une particularité, le petit déjeuner  est servi à tous les apprenants à leur arrivée,  la majorité d’entre eux vient de loin et se lève très tôt.  Le lait est proposé (8 % des ventes) mais cela reste exceptionnel en raison de son coût élevé. Comme pour les autres productions de l’exploitation, le coût de revient reste le frein principal à leur consommation sur place » conclue Laetitia.

Perspectives : vers plus d’agroforesterie et d’autonomie à Mayotte

Les expérimentations permettront de démontrer aux futurs et jeunes agriculteurs que les systèmes agroforestiers peuvent être productifs, qu’ils maintiennent les ressources naturelles et limitent les impacts environnementaux, qu’ils participent à une plus grande autonomie alimentaire locale tout en étant des systèmes fortement résilients.



Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 23 ha
  • Elevage : 12 vaches laitières, race zébu croisé montbéliard, volailles de chair JA 957 (sur 200m² de bâtiments), atelier cunicole (40 cages mères), canards de barbaries (100 reproducteurs)
  • Principales cultures : cultures fourragères canne fourragère, panicum, bracharia, pueraria, bananes fourrages ; ananas, cocoteraie (2.5 ha), maraichage (7000 m²)
  • Salariés : 11 ETP
  • CA 2016 : 239.915 €

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP