Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Réflexion collective sur le changement climatique dans les établissements du Grand Est

Avril 2019 – Claire Durox, animatrice Reso’them de l’enseignement agricole

 

En Grand Est, réunis en réseau, les directeurs d’exploitations des établissements ont abordé les défis du changement climatique. Ils ont découvert la démarche d’analyse de vulnérabilité et les adaptations travaillées par la ferme de l’établissement de Châlons-en-Champagne, accompagnée par Solagro.

 

Les directeurs d’exploitations et d’ateliers des établissements du Grand Est, en réseau régional, se sont réunis au lycée de Châlons en Champagne les 11-12 avril dernier, sous la houlette de la DRAAF. Margaux Cuvier, chargée de mission ADT (animation et développement des territoires) avait co-construit le programme à partir de leurs besoins. L’un des thèmes abordés lors de leurs deux journées de formation portait sur le changement climatique en agriculture. En effet, l’établissement de Somme-Vesle est impliqué dans un programme européen d’étude de la vulnérabilité dans des fermes et d’accompagnement pour bâtir un plan d’adaptation durable (projet LIFE AgriAdapt). Comme 120 fermes pilotes en France, en Allemagne, en Estonie et en Espagne, le responsable de l’exploitation Pascal Dubourg bénéficie d’un suivi durant 3 ans (2017-2019). C’était l’occasion de partager son début de retour d’expérience avec les collègues de la région. Pour Nicolas Métayer, chargé de projet chez Solagro, et qui suit la ferme du lycée, l’enjeu est d’aider les agriculteurs des deux territoires pilotes (Marne et Aube au nord, Occitanie au sud) à « comprendre le changement climatique chez eux et se projeter sur une à deux générations pour bâtir des systèmes plus résilients ».

 

La séquence commence par un rappel des grands enjeux du changement climatique (atténuation et adaptation) en illustrant d’exemples et de tendances pour la Marne et l’Aube pour le futur proche (2030-2050). Réactions dans la salle : « avant on avait deux générations de carpocapse en Lorraine et maintenant on en a trois voire quatre » dit Marie Laflotte, directrice d’exploitation à Château-Salins. Christine Klein, du domaine viticole de Rouffach vit déjà des changements notables et pointe une adaptation probable : « Quand j’étais petite, on ne vendangeait jamais avant le 15 septembre ; depuis deux ans, on démarre vers le 20-25 août ; aussi, les vins sont plus alcoolisés, de 12,5° avant à 14-14,5° facilement aujourd’hui. Dans la région Alsace, on ne se mettait que sur les coteaux au sud, mais on réfléchit à coloniser les faces nord pour de futures plantations.»

C’est un sujet complexe, avec beaucoup de notions à s’approprier, de nouveaux critères et indicateurs à prendre en compte : par exemple la sensibilité des variétés aux températures élevées et à la sécheresse est encore trop peu connue des semenciers et proposée aux agriculteurs pour éclairer leurs choix ; ou encore l’indice température humidité qui peut aider à suivre le stress thermique des bovins. Le conseiller pointe de nombreuses ressources encore méconnues des agriculteurs et des enseignants pour explorer les évolutions possibles dans un futur proche de sa région et pour faire réfléchir les apprenants à des scénarios : portail DRIAS, site Climat HD de Météo France, observatoire régional sur le changement climatique des Chambres d’Agricultures ORACLE

 

 

Par la suite, la visite de la ferme de Somme-Vesle, exploitation certifiée ISO 14001 et HVE-3 (Haute Valeur Environnementale de niveau 3), permet à Pascal Dubourg de présenter quelques adaptations déjà en cours : il mobilise une diversité variétale importante en betteraves (9 variétés sur 40 hectares) et une certaine diversité de l’assolement (7 cultures) ; de plus, la présence de bandes fleuries est favorables aux pollinisateurs surtout l’été ; enfin, il teste de premiers mélanges variétaux en céréales dans un essai de 30 ha (surtout pour un objectif de « zéro-phyto », mais cela contribue aussi à plus de résilience).

Il reste à formaliser fin 2019 l’analyse de vulnérabilité faite par Solagro pour mieux partager avec l’équipe de l’établissement et à réfléchir à de nouveaux leviers pour aller plus loin. Parmi les pistes discutées avec le conseiller : choisir des cultures en fonction de nouveaux critères (stress hydrique, échaudage…), introduire une autre culture principale, questionner la taille des parcelles et la densité d’infrastructures agroécologiques pour diversifier la mosaïque paysagère… Une démarche à suivre… qui inspirera d’autres établissements.

En tout cas, il y a encore des messages à passer sur le couplage fort des enjeux climat et biodiversité, et l’intérêt de  réaménager des agroécosystèmes riches, autonomes et résilients, abritant les auxiliaires pour faire face à l’évolution des ravageurs par exemple et rendant divers autres services face aux défis de l’adaptation.

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