Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Ahun, la biosécurité résonne dans les bâtiments d’élevage et à l’antenne

Juin 2019 – Emmanuelle Zanchi, animatrice Reso’them de l’enseignement agricole

 

Protéger la santé des animaux d’élevage est une préoccupation de chaque instant pour tous les éleveurs. Au lycée agricole d’Ahun, elle prend une dimension particulière lors de journées pédagogiques et sur les ondes de Radio France Creuse.

 

« Le sanitaire, j’adhère »

 

Plus de 200 élèves, apprentis et stagiaires, de la troisième au BTS Analyse Conduite Stratégie de l’Entreprise agricole , en passant pour le Brevet Professionnel Responsable de l’entreprise agricole  participent aux « journées sanitaires » les 25 et 26 mars 2019, qui se déroulent au cœur de l’exploitation du lycée, dans le bâtiment des vaches allaitantes.

L’évènement débute par une présentation générale de la biosécurité en élevage par le directeur du Groupement de Défense Sanitaire (GDS). Il interpelle les jeunes : « la biosécurité, c’est du bon sens, c’est peu onéreux, les bénéfices pour les éleveurs sont individuels et collectifs ». Il explique que la biosécurité désigne l’ensemble des mesures préventives et réglementaires qui visent à réduire les risques de diffusion et de transmission de maladies infectieuses chez l’homme, l’animal et le végétal. Ainsi, l’agent pathogène ne doit pas entrer, ne pas circuler et ne pas sortir du troupeau. Ces principes sont déclinés au travers d’ateliers auxquels les élèves vont participer tour à tour par petits groupes. Un vétérinaire et un technicien du GDS interrogent les élèves : « qu’est-ce qu’un agent pathogène ? Qu’est-ce qu’une maladie ? » L’enjeu est de prendre conscience des mesures à mettre en œuvre : contrôler et isoler les animaux introduits, limiter les contacts avec les troupeaux voisins au pâturage, installer des pédiluves à l’entrée des bâtiments pour éviter toute transmission via les visiteurs. Les échanges sont nombreux et des inquiétudes s’expriment lorsque les risques de transmission par la faune sauvage sont évoqués. Là encore, des mesures de protection existent : protection des accès à l’eau, aux nourrisseurs… Pour Laurent Rougier, directeur de l’exploitation et chef d’orchestre de ces journées, « ce sont des moments bien identifiés sur l’établissement où nous assurons une large diffusion auprès des apprenants de la filière agricole du lycée, du centre de formation d’apprentis et du CFPPA. C’est une démarche pédagogique pragmatique où nous nous appuyons sur les pratiques de l’exploitation autour de thèmes d’actualité ; cette année la biosécurité en élevage. Ces journées font écho auprès des élèves et futurs éleveurs ». C’est aussi l’occasion de mesurer, avec les élèves, les bénéfices des démarches engagées dans l’exploitation d’Ahun. Travailler sur l’équilibre alimentaire des animaux, le logement des veaux, l’hygiène des locaux et des matériels a permis de diminuer significativement le nombre de veaux malades. Avec un taux de mortalité inférieur à 5 % et moins de 15 % des veaux laitiers malades, les objectifs nationaux sont atteints, les indicateurs sont désormais au vert.

 

Par petits groupes, les élèves participent à des ateliers thématiques (Photo : Laurent Rougier)

 

En direct ou en podcast de l’exploitation

 

C’est bien une émission radio de Radio France Creuse qui se déroule en même temps, au centre du bâtiment. Autour du micro, interviennent et échangent le directeur de l’établissement, le directeur du GDS, une conseillère de la Chambre d’agriculture de la Creuse, le directeur de l’exploitation, la directrice adjointe de la DDCSPP, un vétérinaire. C’est la preuve que la biosécurité est l’affaire de tous et qu’elle est efficace si elle est appréhendée collectivement. Jean-Pierre Lafaye, directeur de l’établissement, pose les enjeux en introduction : la biosécurité est cruciale pour l’agriculteur mais également pour le citoyen-consommateur. Toutes les mesures de précaution mises en œuvre par l’agriculteur garantissent la sécurité sanitaire des aliments et la diminution des intrants. « Il est fondamental d’informer les consommateurs des efforts faits par les agriculteurs » précise Jean-Pierre Lafaye. Ces propos sont repris par les autres partenaires de la santé de la ferme du lycée. Le vétérinaire conseil de l’exploitation présente l’éleveur comme maillon essentiel. Il rappelle aux auditeurs que chaque année, chaque exploitation bénéficie d’une visite sanitaire, réalisée par un vétérinaire, qui met en lumière les risques auxquels elle peut être soumise : éleveur et vétérinaire travaillent de concert. En effet, un troupeau en bonne santé, c’est une ferme en meilleure santé économique et un éleveur plus serein.

Le bâtiment des vaches allaitantes s’improvise studio d’enregistrement (Photo : Laurent Rougier)

 

 

 


Les journées sanitaires, un rendez-vous annuel.

Interview de Laurent Rougier, directeur de l’exploitation du lycée d’Ahun

 

Les journées sanitaires sur l’EPLEFPA d’Ahun sont nées des travaux collaboratifs entre le GDS de la Creuse, les vétérinaires de l’exploitation et les salariés puis étendues aux personnels enseignants pour d’une part, répondre aux problématiques sanitaires des troupeaux et d’autres part, pour d’autre part pour avoir une méthodologie commune afin de travailler dans le même sens avec l’idée commune du « Sanitaire j’adhère ».

La santé animale est au cœur de la stratégie de l’exploitation agricole d’Ahun car des animaux en bonne santé ce sont moins d’interventions, de meilleurs résultats de reproduction et de meilleures conditions de travail au quotidien. Nous avons travaillé en collaboration avec nos vétérinaires et le GDS de la Creuse sur l’ensemble facteurs de risque des élevages : ambiance des bâtiments (ventilation, humidité), alimentation, gestion des troupeaux et statut immunitaire (la proportion d'animaux immunisés contre une maladie) des animaux avec un focus particulier sur la nécessité de fournir aux veaux, dès les premières heures de vie, un colostrum riche en anticorps.

Améliorer la biosécurité dans les établissements de Nouvelle Aquitaine

La Nouvelle-Aquitaine regroupait environ 80 % des foyers français de tuberculose bovine en 2018. Améliorer les pratiques de biosécurité est un outil puissant pour gérer les maladies infectieuses présentes ou susceptibles d'être introduites sur le territoire. Aussi la DRAAF de Nouvelle-Aquitaine a-t-elle conclu un partenariat avec l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse, pour que cette dernière apporte son expertise reconnue en matière de maîtrise sanitaire en élevage bovin aux 18 exploitations agricoles d'EPLEFPA concernées de la région. Dans une première étape, des diagnostics de biosécurité ont été conduits entre mars et mai 2019. Réalisés dans un état d'esprit positif et bienveillant, ils débouchent sur des recommandations au cas par cas, qui visent la fonctionnalité et le pragmatisme. Il s'agit de construire et diffuser une culture de la biosécurité, tout en respectant les contraintes des travailleurs et usagers des lieux, mais aussi les missions pédagogiques, d'ouverture au territoire, et les objectifs de transition agroécologique. Cette préoccupation se traduit également par des sessions régionales de formation à la biosécurité et à la tuberculose bovine, à destination des enseignants, formateurs, directeurs d'exploitation, et salariés agricoles.

 


L’exploitation agricole du lycée d’Ahun : 5 ateliers de production animales réunies sur un même site et 5 salariés.

 

Atelier ovin viande : un troupeau de race rustique, spécifique du plateau

L’atelier ovin est composé de 500 mères de race Limousine conduites exclusivement en luttes naturelles. Le troupeau est conduit en 3 périodes de mise-bas permettant la production d’agneaux de bergerie sous label « agneaux fermiers des Pays d’Oc Label Rouge ». Le cheptel a d’ailleurs reçu une médaille d’agent lors du dernier Salon de l’Agriculture à Paris pour la qualité de la viande d’agneau sous signe officiel de qualité.

Ce troupeau est conduit avec une recherche de valorisation maximale de l’herbe grâce au pâturage tournant, pâturage hivernal, et pâturage en estive.

 

Atelier bovin viande : un troupeau représentatif de l’élevage Creusois

Le troupeau allaitant de race Limousine produit en moyenne une quarantaine de vêlages chaque automne.

L’atelier est représentatif des troupeaux allaitants du département avec la production majoritairement de broutards à laquelle s’ajoute la vente de quelques reproducteurs chaque année permettant la valorisation de la génétique du troupeau.

 

Atelier bovin lait

L’atelier lait dispose d’une référence de 516 000 litres de lait commercialisés auprès de la coopérative COOPAL auquel s’ajoute 20 000 litres valorisés en circuits courts (lait entier, produits frais et fromages) destinés à la restauration collective. Le troupeau est composé de 60 vaches de race Prim’Holstein avec l’utilisation des nouvelles technologies de gestion de troupeau : semence sexée, génotypage, monitoring de la reproduction.  L’alimentation du troupeau est composée d’ensilage de maïs avec une part croissante d’herbe (pâturée ou ensilée). La recherche de l’autonomie protéique est particulièrement travaillée grâce au pâturage de prairies à base de légumineuses et la production de luzerne sur l’exploitation. 

 

Atelier porcin : un atelier hors sol naisseur engraisseur

Il s’agit d’un atelier de type naisseur-engraisseur composé de 77 truies de race Youna permettant la commercialisation de plus de 1 900 porcs charcutiers par an. La commercialisation est assurée principalement par la coopérative CIRHYO avec une centaine de porcs charcutiers valorisés en en circuits courts pour l’approvisionnement de la restauration collective.

La démarche de démédicalisation dans le cadre d’un plan de prévention sanitaire associée à une gestion technique valorisée pédagogiquement auprès de nos apprenants ont conduit l’EPLEFPA à ouvrir un CS Porc à la demande de la profession pour former leurs futurs salariés.

 

Atelier aquacole : une spécificité sur plan régional

Sur un site unique constitué de 3 plans d’eau de 10 ha et d’une écloserie, les installations de l’exploitation permettent aux apprenants de pratiquer toutes les activités de l’aquaculture continentale (des pêches d’étangs à la conduite d’un élevage de truites à partir d’œufs mis en incubateurs).

La conduite du troupeau est exclusivement basée sur la recherche d’une valorisation maximale de production d’herbe (pâturage tournant, ration à base de foin et ensilage d’herbe sans complémentation en période hivernale).

Contacts utiles :

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP