Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Angoulême : Agroécologie, la preuve par 3 !

 

Mars 2019, Françoise Degache et Hervé Longy, animateurs Réso’Them de l'enseignement agricole

Le campus agricole de la Charente possède deux exploitations :  une conduite en AB sur Barbezieux, l’autre aux portes d’Angoulême entourant le château de l’Oisellerie.  Cette dernière, dont le directeur est Christophe Moine, occupe 240 ha dont 40 ha de bois.

Les 200 ha permettent de déployer trois ateliers représentatifs du territoire

  • Un atelier viticole sur une surface de 34 ha, dont 6.5 ha sont conduits en agriculture biologique depuis 2009. L’exploitation produit du cognac, du Pineau des Charentes, des vins de pays charentais et des jus de raisin qui sont commercialisés en vente directe via la boutique gourmande de l’exploitation et auprès du négoce (Hennessy et Courvoisier). Tous les produits sont confectionnés sur place, à l’aide des installations modernes de vinification et distillation.
  • Un atelier bovin lait, sur 70 ha de prairies pour une production de 400 000 litres de lait environ. Le troupeau est composé d’une soixantaine de vaches de race Prim’ Holstein et Brune des Alpes, avec une tendance d’absorption par cette dernière. La totalité du lait produit est livrée en laiterie (coopérative Terra Lacta).
  • Un atelier grandes cultures sur 96 ha qui produit du blé, de l’orge, du maïs et du pois, commercialisés auprès de la coopérative locale OCEALIA.

 

Production de Cognac : de la distillation à la boutique gourmande, avec Christophe Moine, directeur de
l’exploitation de L’Oisellerie, EPL de la Charente (photos : H. Longy)

La preuve par trois, illustrée par l’exemple

1- Une stabulation en réarrangement :

L’abandon du système bâtiment à logette, pour une stabulation sur aire paillée contribue à une nette amélioration de l’image de l’exploitation. La mise aux normes de ce bâtiment d’élevage, s’est accompagnée d’un choix de traitement des effluents séparant le liquide vers un lagunage et le solide vers du compostage. De plus, dans un bassin de production céréalière, des échanges compost / paille entre producteurs du territoire sont organisés, ce qui renforce la cohérence de ce choix de stabulation.

2- Des vignes en AB :

La conversion de 6,5 ha en AB de vigne est également une belle illustration des pratiques agroécologiques, pour produire des vins de pays charentais rouges et rosés, des vins de table rouge et rosé et des jus de raisin. Les résidus de distillation (vinasses) et le compost obtenu par l’atelier bovin lait permettent un apport organique dans ces vignes. L’exploitation fait partie d’un groupe de fermes DEPHY pour suivre les IFT dans un vignoble en AB, avec la chambre d’agriculture de la Charente : par l’utilisation du modèle OPTIDOSE®, l’IFT a pu baisser de moitié.

3- Des surfaces d’intérêt écologique :

 Dans les prairies en bord de Charreau, entre deux zones NATURA 2000, la création de batardeaux (barrage destiné à la retenue d'eau provisoire) permet de réhumidifier cette zone   et un suivi tripartite a lieu (un suivi botanique,  un suivi  batracien et reptilien, un suivi migratoire de la bécassine, en partenariat avec l’ONCFS et Charente Nature). Cette zone humide de 3,5 ha est maintenue à forte vocation agricole avec le pâturage de 3 vaches Angus dont les produits sont commercialisés en caissette de viande.

L’agroforesterie est présente depuis 10 ans avec 5 km de haies plurispécifiques plantées avec des positionnements stratégiques : pour stabiliser les berges et créer des frayères, entre les riverains et certaines parcelles de l’exploitation, entre la vigne et les céréales. Un corridor composé d’arbres isolés va être implanté dans la pâture pour créer des zones de confort pour les vaches (ombre) et recréer un lien entre les 2 forêts de l’Oisellerie.

 

Dans la stabulation : vaches de race Prim’ Holstein et Brune des Alpes, avec une tendance
d’absorption par cette dernière. (photos : F. Degache)

 

Des mesures agro-environnementales (MAE) pour la transition agro-écologique

L’exploitation est engagée dans trois  MAE :

  •  Une MAET (T pour territorialisée) sur un site classé en zone NATURA 2000 avec des fauches tardives et centrifuges, l’absence de fertilisation et de produits phytosanitaires (13 ha engagés)
  • Une MAET sur la viticulture avec absence de désherbage chimique sur inter rang (20 ha engagés)
  • Une MAEC (C pour climatique) dite « mesure système » sur des changements de pratiques, avec augmentation de la surface en herbe (+ de 35 %), réduction de la surface en maïs ensilage (< 22% de la surface fourragère), consommation limitée de concentrés (< 800 kg / UGB / an), et réduction de l’IFT global de l’exploitation (160 ha engagés)

 

Les professionnels du Cognac portent un programme de recherche et développement ( Projet DOMECCO financé par les fonds CASDAR) dont l’objectif est dont l’objectif est d’analyser les cycles de vie du Cognac, est porté par les professionnels du Cognac. L’exploitation de l’Oisellerie est partie prenante, et, 3 modalités sont testées par l’exploitation sur la gestion de l’enherbement :

  • Une modalité avec enherbement total,
  • Une modalité avec un enherbement 1 rang sur 2 avec désherbage chimique sur le rang,
  • Une modalité avec un enherbement 1 rang sur 2 avec désherbage mécanique sur le rang.

Grâce à ses trois ateliers, l’exploitation accueille de nombreux apprenants. Bien entendu le vignoble et la vinification sont support de nombreuses activités pédagogiques. Soulignons le travail en agroforesterie qui permet aux différentes filières générales, nature, aménagement et production  de travailler ensemble sur un même projet.  Il faut également mettre un focus sur une démarche particulière car l’étude de faisabilité du passage en AB de l’atelier lait empruntera la méthodologie originale de l’autre site du Campus de la Charente : le site de Barbezieux (voir une vidéo de 15mn  présentant la démarche).

Donc, les actions de démonstration avec 3 modalités, les 3 ha de zones réhumidifiées pâturées par 3 Angus, les 3 mesures agro-environnementales permettent d’aborder posément le 3eme millénaire !!!

 

Et 3 photos pour conclure, « deux mondes » bien différents sur la même exploitation :

  Stabulation et cave, et entre les 2 : le compostage du fumier qui fertilisera les vignes.

 (Photos : F. Degache)


Les trois questions de fin

De quoi êtes-vous le + fier ?: "De l'utilisation pédagogique de l'exploitation par tous les centres de l'établissement (formation initiale des deux sites, adultes et apprentis) ”

S’il fallait améliorer quelque chose ? : "Réorganiser les bâtiments d'élevage pour éliminer les plus vétustes et inadaptés, et améliorer nos conditions de travail

Un conseil pour mon éventuel successeur ? : "Déléguer davantage des fonctions administratives pour prendre de la hauteur et analyser les performances technico-économiques de chaque atelier”


 


L’exploitation de l’Oisellerie  2018 en chiffres

SAU :  200 ha dont 34 ha en vignes (et 6,5 en AB)

Surfaces sous convention MAE : 180 ha 

Vaches laitières : 60 VL Croisement absorption Prim Holstein par des Brunes des Alpes

Commercialisation : Cognac, Pineau des Charentes, 50 % en vente directe, Lait et céréales vendus en coopérative

ETP : 6

Chiffre d’affaires 2018 : 800 000€ dont 400 000€ pour la vigne


 

Contacts/ en savoir plus :

 

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP