Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

A Albi, méteil et Prim’Holstein font bon ménage

Mars 2019 - Dominique Dalbin et Hervé Longy, animateurs Réso’them de l’enseignement agricole

Débutée en 2015, la transition agroécologique de l’exploitation agricole d’Albi vise à maintenir la rentabilité et à garantir l’autonomie alimentaire du troupeau de vaches laitières, tout en préservant mieux ressource en eau et qualité agronomique des sols. Visite de terrain, en compagnie de Serge Touzanne …

« Quand je suis arrivé ici en 2015, la cheffe du SRFD* m’a dit : il faut que tu fasses sortir les vaches ! » : ainsi débute Serge Touzanne, le directeur de l’exploitation en vaches laitières d’Albi-Bellegarde. La ration de base d’alors était, pour les 60 Prim’Holstein, reposé sur du maïs ensilage, ce dernier cultivé d’avril à septembre. Avec des sols laissés nus le reste du temps, des vaches en permanence à l’intérieur et 8 kg de complément alimentaire concentré acheté par jour et par animal. « De plus, on n’était pas bon en nombre de cellules (les globules blancs présents dans le lait, signe de mal-être) et huit à dix vaches s’écartelaient chaque année ! ».

L’exploitation étant impliquée dans le réseau DEPHY Ecophyto, des essais de couverts végétaux ont alors été lancés par les classes de BTSA ACSE et leur enseignant d’agronomie, Jean-Noël Bertrand (qui bénéficie du dispositif tiers-temps depuis 2017), avec le soutien de la chambre d’agriculture de l’Aveyron. C’est le mélange vesce-phacélie-féverole qui a été choisi, il est par la suite détruit au printemps au disque déchaumeur. « Avec ces techniques culturales simplifiées, on est gagnant aussi sur le coût de production avec moins de consommation en énergie et gaz à effet de serre », poursuit Serge.

Moins de maïs, plus d’herbe et de méteil

Par ailleurs, d’autres alternatives au maïs ont été mises en place. Tout d’abord, des essais de méteil pour ensilage (2/3 blé-triticale-avoine et 1/3 pois-vesce), conduits avec l’aide du groupe semencier RAGT et de la plateforme agroécologique de l’établissement de Toulouse, sont d’ores et déjà prometteurs : « c’est un excellent produit, aimé par les vaches, on a déjà diminué d’un tiers le maïs ensilage », confirme Serge. Neuf hectares de trèfle et de luzerne, sont récoltés en vert de juillet à octobre pour affourager à l’auge et donnent également de très bons résultats. Pour augmenter le ratio de sucre soluble dans le bol alimentaire des ruminants, l’exploitation envisage aussi de produire, sur deux hectares, de la betterave fourragère. Enfin et surtout, six hectares ont été réservés (et à terme 15) pour des prairies multi-espèces de pâturage dynamique tournant.  Conseillée par la chambre d’agriculture du Tarn et en partenariat avec des semenciers sur les essais, l’exploitation vise 50 % de la consommation au dehors, de mars à juin et en septembre-octobre, sur l’un des 14 paddocks journaliers, dimensionnés à 4.000 m2 chacun. Le complément reposant sur les ensilages (maïs et méteils), la luzerne, les céréales (blé et orge) et le soja (extrudé) produits sur la ferme.
De plus, pour économiser du temps, l’exploitation réfléchit à l’acquisition en CUMA d’une automotrice distributrice afin de ne consacrer plus qu’une demi-heure par jour à l’alimentation.

La résilience du système au changement climatique

Même si une retenue collinaire, présente dès l’acquisition de l’exploitation par l’établissement, permet de stocker 150 000 m3 d’eau et d’irriguer, par un système de pompes et d’enrouleurs, 50 hectares de parcelles, le projet vise à rendre le système plus résilient, notamment en s’adaptant aux effets constatés du changement climatique. Ainsi, après un diagnostic réalisé par Solagro dans le cadre du programme AgriAdapt , il est prévu de choisir pour le maïs des variétés plus précoces et moins gourmandes en eau, ce qui économise également en énergie et en production de gaz à effet de serre. De plus, avec les techniques de cultures simplifiées, on limite l’érosion et on a une bien meilleure infiltration et restitution de l’eau à la plante ( RFU ). Par ailleurs, la convention récemment signée avec l’Agence de l’eau vise d’une part à garantir une qualité d’eau d’abreuvement optimale depuis un captage d’eau superficielle et d’autre part à mieux gérer l’irrigation, par l’installation de tensiomètres. Les analyses et les installations sont confiés aux étudiants en BTSA GEMEAU , dans le cadre de leur formation.

Un calcul rendement vs marge

« Même si le maïs est la plante – tropicale - qui sort le plus de matière sèche à l’hectare, ceux qui peuvent faire 15 t/ha sans arroser, qu’ils continuent, mais nous ça nous coûte trop ! » s’exclame Serge. Avec les changements d’itinéraires, le constat est là aussi sur le plan économique : avec un rendement de 8.800 litres de lait par vache et par an en moyenne, l’exploitation maintient quasiment son chiffre d ‘affaire de vente (180.000 euros en 2015, 175.000 euros en 2018) tout en baissant drastiquement ses achats d’aliments (de 90.000 à 36.000 euros). La marge brute est passée en quelques années de -70 à +28 euros/100 litres de lait. La preuve par les chiffres d’une bonne santé retrouvée…

Les 3 questions de fin

- De quoi êtes-vous le plus fier ?« Du changement de système : arriver à produire du lait à moindre coût, alors qu’on a perdu un tiers des exploitations laitières dans le Tarn ! L’équipe me suit là-dessus, et on montre que ça marche aux professionnels. »
- S’il fallait améliorer quelque chose ?? « Peut-être le suivi du pâturage… »
- Un conseil à donner à un éventuel successeur ?? « Continuer dans cette voie, avec la réduction d’intrants et de l’Azote en particulier. Et surtout rester le plus simple possible, pour que ce soit reproductible. »

L’exploitation 2018 en chiffres

SAU : 105 ha sur le site de Bellegarde

Atelier lait : 60 Prim’Holstein, 530.000 litres de lait/an

Cultures :

10 ha de maïs semences (contrat groupe RAGT) et 24 ha de maïs fourrage
30 ha céréales

150 arbres plantés en parcelle d’agroforesterie sur 4 rangées, pour parcours volailles et production de bois d’œuvre

2 ETP

CA : 451.000 euros


Lien vidéo Journée technique « couverts végétaux/prairies multi-espèces » du 19 mars 2019

 

*SRFD : Service régional formation développement (autorité académique) de la DRAAF


Contacts / en savoir plus :

Eric Gaillochon, directeur eric.gaillochon@educagri.fr

Serge Touzanne, DEA serge.touzanne@educagri.fr

Jean-Noël Bertrand, enseignant, dispositif tiers-temps : jean-noel.bertrand@educagri.fr

Voir le dossier du projet tiers-temps / Voir son interview

Site de l’établissement : www.tarn.educagri.fr


 

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