Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

A saint Chély d’Apcher, produire moins de lait et mieux le valoriser

Avril 2019 - Emmanuelle Zanchi et Florent Spinec, animateurs Reso’them de l’enseignement agricole

 

L’exploitation du lycée agricole de Saint Chély d’Apcher a opéré un virage radical en 2014 et en obtient les bénéfices aujourd’hui : réduction de l’effectif des vaches laitières, arrêt de la culture d’ensilage de maïs, entrée dans la zone de l’AOP Laguiole, implication accrue des élèves. Zoom sur une transition agroécologique réussie.

Du lait avec de l’herbe et du foin

 

Au premier abord, le système de production n’a rien d’innovant : 48 vaches laitières de race Simmental produisent chacune entre 5 000 et 6 000 litres de lait par an avec une ration à base d’herbe et de foin. « Nous avons eu jusqu’à 100 vaches laitières nourries avec de l’ensilage d’herbe et de maïs » explique David Laumond, le directeur de l’exploitation. « Ce n’était pas cohérent en moyenne montagne sèche, on avait laissé le système s’emballer ».

En effet, dans cette zone, produire du lait avec de l’ensilage de maïs et du tourteau et le vendre sans valeur ajoutée, n’était satisfaisant ni financièrement, ni humainement ni pédagogiquement. En 2014, la décision de désintensifier est prise : il s’agit de rendre le système tenable économiquement et humainement tout en conservant la race Simmental, présente depuis 2000 dans l’établissement et adaptée à la région. La première étape est d’oser adapter la conduite du troupeau aux ressources alimentaires de l’exploitation. « A Saint Chély, il y a deux saisons, l’hiver et l’été » explique David. Les animaux sortent tardivement au pâturage et les étés sont séchants, la période de pâturage est donc limitée, de 120 à 180 jours/an. De plus, les sols sont superficiels et les rendements moyens en prairies faibles, de l’ordre de 3.5 tonnes de matière sèche/ha. L’effectif du troupeau a donc été réduit de moitié pour s’adapter à la centaine d’hectares destinés à l’alimentation des animaux. Les résultats économiques ne sont pas faits attendre puisque cette conduite a permis de réduire les coûts de production grâce au travail simplifié des sols, la réduction drastique des intrants (zéro produits phytosanitaires) et d’atteindre en 2016 l’équilibre financier.

 

 

Un bâtiment qui contribue à la qualité des produits

 

Un foin de qualité est l’élément déterminant. Des mélanges prairiaux adaptés aux terrains séchants ont été implantés mais surtout un système de séchage en grange permet depuis 2018 de produire et de conserver un foin de qualité. En parallèle, l’exploitation a œuvré avec succès, avec les agriculteurs voisins, pour l’extension de la zone de collecte de l’AOP Laguiole à la commune de Saint Chély d’Apcher. « L’appellation impose la race Simmental et interdit l’utilisation de fourrage conservé en voie humide, nous répondons au cahier des charges. C’est un véritable cahier de ressources pour l’éleveur » explique David. Au printemps 2020, la première collecte pour l’AOP sera effective et l’exploitation intègrera la coopérative fromagère « Jeune Montagne Aubrac » qui achète le lait 550 €/tonne aux producteurs, une de meilleures valorisations en France. C’est une vraie plus-value si l’on compare aux 340€/tonne, prix pratiqué jusqu’alors par l’entreprise Sodiaal.

La construction d’un nouveau bâtiment d’élevage, financée par le conseil régional d’Occitanie, a été une étape clef dans la transformation du système. D’ailleurs, il est doté d’une fabrique d’aliments à la ferme qui permettra à partir de 2020 de produire un concentré à partir de triticale de l’exploitation, sans utilisation de produit phytosanitaire, et de maïs grain acheté dans le Sud-Ouest. Le bâtiment est le centre névralgique de l’exploitation. Bien intégré dans le paysage, sa construction a nécessité une présentation aux voisins pour être acceptée. « Nous avons expliqué le projet, sollicité des entreprises locales » précise David, fier d’avoir pu organiser une visite « spéciale voisins » lors des dernières journées portes ouvertes de l’établissement. D’ailleurs, le bâtiment est parfaitement adapté à l’accueil du public. Il est possible de mener trois activités simultanément sans se gêner : des travaux pratiques avec une classe et un enseignant, des manipulations avec un salarié et des élèves en mini stage et une visite de l’exploitation « quand la ville vient à la campagne » explique David avec une pointe d’ironie.

 

 

Une nacelle suspendue permet de distribuer le fourrage dans le couloir d’alimentation grâce à un bras articulé et une griffe, équipée d’une pailleuse suspendue (Photo F. Spinec)

 

L’exploitation, une salle de cours à part entière

« Si l’objectif est uniquement de faire du lait, ce n’est pas satisfaisant, d’autres le font mieux que nous » ose dire David. Il explique que l’élève est au centre des préoccupations de l’équipe de l’exploitation.  Il est facile de s’en convaincre puisque chaque partie de l’exploitation fait référence à la pédagogie. Dans la salle où l’équipe boit de café chaque matin, un grand tableau au mur liste les tâches et autres aide-mémoires à réaliser chaque jour. Cette salle est un lieu d’échanges entre le directeur de l’exploitation, les salariés, les enseignants et les élèves en mini-stage.  Entre deux et quatre élèves sont présents a minima chaque jour aux côtés des salariés. Parfois, ils peuvent être beaucoup plus nombreux puisque les élèves sont autorisés à se rendre sur l’exploitation hors du temps de cours à condition d’en avoir informé la vie scolaire et le directeur d’exploitation et de disposer d’une plage horaire de deux heures. C’est dans cette salle que se tient, chaque lundi matin, la réunion technique informelle entre enseignants et salariés.  Elle fait suite, à l’envoi par David, sur la conférence interne de l’établissement, d’une « feuille de chou hebdomadaire » des actualités de l’exploitation et opérations prévues. « Ainsi, les enseignants savent ce que l’on va faire, ils peuvent proposer de travailler avec des classes » précise David. Les élèves des filières Gestion et Protection de la Nature de l’établissement ont également trouvé leur place en réalisant des bacs d’abreuvement, des canalisations, l’entretien de haies. Leur organisation est originale puisque trois étudiants de BTS 2ème année « coachent » des étudiants de 1ère année.

Que ce soit dans le bâtiment des vaches laitières aux larges allées ou dans les salles de travaux pratiques, équipée de paillasses, le travail des élèves est facilité. Là encore, le nouveau bâtiment joue un rôle primordial : spacieux, respectueux de la santé des humains, du bien-être des animaux, il offre une image apaisée et moderne de l’exploitation. Il constitue un atout majeur pour que des visiteurs comprennent et adhèrent aux orientations choisies par l’exploitation du lycée.

 


L’exploitation de Saint Chely  2018 en chiffres :

Ateliers animaux :
48 vaches laitières de race Simmental, 264 000 litres de lait
Un atelier hippique : 10000 heures d’équitation par an

SAU : 130 ha dont 70ha surfaces mécanisables (fauchées), le reste pâturé
15ha de céréales
Bois et landes
10ha de paddocks pour les équins
1 estive de 200ha pour les chevaux en location

ETP : 2 pour l’atelier bovin + 1.5 pour atelier équin et 20% secrétariat

Chiffre d’affaire : 350 000 €


 

Site web : https://www.epl-lozere.fr/

 

Contacts :

 

 

MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP