Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Choisir l’horticulture bio et communiquer efficacement pour réussir !

Juillet 2019 - Dominique Dalbin et Régis Triollet, animateurs Réso'them de l'enseignement agricole

Localement peu développée en territoire pyrénéen tarbais, les quelques activités horticoles peinent à sortir d’une crise économique persistante, moins impactante en maraîchage ; sur l’exploitation du lycée Adriana de l’horticulture et du paysage « Zéro pesticides », les systèmes de production évoluent et de nouvelles stratégies de gestion sont envisagées pour retrouver les bons équilibres et satisfaire aux besoins pédagogiques…

Profitant du panorama offert par la chaîne des montagnes Pyrénéennes en ligne d’horizon, l’établissement public d’enseignement et de formation professionnelle de Tarbes est installé depuis 1976 au sein d’un parc botanique remarquable formant un écrin de verdure arboré et fleuri ; Des infrastructures modernisées dont une unité de formation par apprentissage (UFA) avec une centaine d’apprentis du CAP au BTS en complément de près de 220 élèves accueillis au lycée, une exploitation horticole et des ateliers pédagogiques (animalerie et machinisme agricole). Ce complexe constitue un pôle de formation en aménagements paysagers, horticulture, conseil vente en animalerie et produits de jardin, largement reconnu par le monde professionnel.

« Depuis 1911, il s’agissait d’une école ménagère agricole, accueillant des jeunes femmes formées à la gestion du quotidien familial de la tenue d’un foyer au sein d’une ferme », annonce M. Cape, directeur de l’établissement Adriana.

L’originalité de l’école est de former le public à des pratiques respectueuses de l’environnement depuis les années 2013, s’étant positionné très tôt en pionnier des transitions agroécologiques pour produire et aménager autrement ; zéro-pesticides sur l’ensemble des espaces extérieurs, protection biologique intégrée (PBI) et développement de l’agriculture biologique (AB) sur l’exploitation horticole…

De la polyculture-élevage à l’horticulture florale et aux plants AB

« Jusqu’en 1975, en écho aux pratiques de proximité, l’activité de polyculture-élevage se déployait sur les quatre à cinq hectares de l’exploitation agricole de l’école, et quelques pélargoniums étaient déjà cultivés », partage Ambroise Sarret, le directeur d’exploitation arrivé depuis 2016.

A partir de 1976, une première serre accompagne le développement de la production florale, avec l’arrivée d’un chef de culture en 1980, Michel Favre, toujours en poste. L’exploitation développe alors une activité de pépinière avec de très bons résultats en 1990 ce qui a permis une relocalisation au sein de l’établissement et un agrandissement ; la vente directe débute avec une diversité grandissante de la gamme mise en production (plusieurs centaines d’espèces produites).

En 2001, la serre multi-chapelle de mille mètres carrés est créée, entièrement automatisée et adaptée à l’accueil des activités pédagogiques ; l’exploitation conforte son statut d’outil de production professionnel et pédagogique performant. A partir de 2004, les productions de plants en agriculture biologique se développent en réponse à une demande grandissante du secteur maraîcher local.

Une pépinière très diversifiée

Les 1.34 hectares de l’exploitation horticole au sein de l’établissement sont délimités par  des haies variées, mitoyennes des parcelles de maïs conduites en système conventionnel. Plus de 500 taxons sont cultivés avec des productions en conteneurs sur 0.6 hectares d’arbres, d’arbustes et de plantes vivaces et d’autres végétaux élevés en pleine terre dont des cultures d’ornement et de fruitiers (pommiers, cerisiers, pêchers…), ces derniers étant arrachés après quelques années pour être vendus. Les plants de la gamme « bio » concernent les jeunes légumes produits au printemps et à l’automne, mais aussi les aromatiques et les fruits rouge (framboisiers, cassissiers, groseilliers…).

A partir de 2013, plus aucun produit pesticide de synthèse n’est utilisé sur l’exploitation en opposition au voisinage très agricole et traditionnel. La gestion différenciée est appliquée sur la totalité de l’établissement l’année suivante conformément aux directives ministérielles (Plan Ecophyto), entrainant quelques difficultés pour la gestion des plantes indésirables (adventices sur les voies de circulation, et dans les massifs…).

Diagnostic et bilan du « zéro pesticides » sur l’exploitation et l’établissement dans sa globalité


Extrait des conclusions du bureau d’étude « Territori » – Juin 2019 – Financement Agence de l’eau Adour-Garonne
"Cette étude menée a mis en exergue les différents espaces à entretenir, leurs caractéristiques intrinsèques et les pratiques et adaptations pour mener à bien depuis 2012 le zéro phyto sur le lycée et la pépinière Adriana. Basée à la fois sur un diagnostic des pratiques d’entretien et sur des préconisations pour améliorer la gestion des espaces, l’étude a permis notamment de mettre en place une démarche conduisant à un autre type de gestion des espaces, que l’on appelle gestion différenciée ou gestion raisonnée. Concept officialisé en 1994, elle amène une nouvelle approche dans la gestion des espaces verts et libres qui consiste, notamment, à adapter les interventions d'entretien en fonction des caractéristiques géographiques, écologiques et paysagères, de la fréquentation et des intentions d'évolution de chaque espace, et des risques liés aux pratiques de gestion. La gestion différenciée est en accord avec les usages des lieux. Elle est plus respectueuse des écosystèmes et de la santé de tous. Chaque site est ainsi entretenu par un mode qui lui est propre, en proscrivant les méthodes chimiques au profit de méthodes alternatives.
Pour mettre en place un plan de gestion différenciée, plusieurs méthodes alternatives sont envisagées : des méthodes curatives (désherbage mécanique et thermique, désherbage manuel), des méthodes préventives (paillage, utilisation du végétal, reconception paysagère et aménagement-adaptation constante des espaces). Pour leur réussite et afin d’atteindre l’objectif affiché, plusieurs achats de matériels devront être réalisés. Pour la pépinière, les orientations fortes actées avec l’outil curseur d’acceptabilité de l’herbe devront être suivies mais elles sont pensées surtout pour être évolutives et modifiées si nécessaire. Par ailleurs, et pour garantir la réussite de ce projet, une action majeure devra être menée : communication, sensibilisation et information en interne et en externe. Toutes ces actions représentent selon nous un élément essentiel à la mise en place de cette continuité de démarche de gestion. Elles sont donc un gage de réussite du projet de gestion d’Adriana, amorcé depuis quelques années et sur lequel aucun retour en arrière n’a jamais été opéré. En outre, et dans une vision prospective, les nouveaux aménagements qui verront le jour devront être conçus dans cette optique de gestion : minimiser le temps passé en entretien, les apports en eau et supporter un désherbage « propre » (zéro phyto). La prise en compte de tous ces axes en amont des futurs projets et réflexions est aussi un élément primordial".

Être au cœur de l’établissement pour une pédagogie diversifiée et de proximité

Intégrée au sein des structures pédagogiques de l’établissement, l’exploitation accueille durant toute l’année sur le site de productions et de ventes, dont les élèves et les enseignants de techniques horticoles, et ceux de la filière « technicien conseil vente en produit de jardin » (présents principalement en amont des portes ouvertes ou pour les épreuves d’examen). Des mini-stages d’une semaine sont réalisés sur site.

Dans les serres chauffées au gaz, des tables de semis performantes sont installées afin d’être autonome dans les productions, un tunnel équipé d’un système de circulation d’eau chaude dans le sol facilite les cultures de jeunes plants précoces.  En complément, un projet d’investissement d’une motteuse viendra renforcer l’outillage professionnel maraîcher et contribuer à la qualité des travaux pratiques proposés en appui à la formation.

Les élèves en « aménagements paysagers » viennent occasionnellement pour pratiquer l’entretien de haies et des zones enherbées, réaliser des chantiers-écoles suivis par l’exploitation. Prochainement, le réaménagement d’un square de 700 m² jusqu’ici délaissé sur la commune de Bagnères-de-Bigorre sera réalisé, un projet conduit par une équipe d’enseignants de la filière « aménagement paysager » avec le directeur d’exploitation, en appui à la municipalité (de nombreuses classes seront impliquées, les BTS ayant proposé plusieurs plans). Les apprentis de l’UFA contribuent à la mise en œuvre d’expérimentations comme par exemple des essais conduits en concertation avec le partenaire « GIE Fleurs et plantes du sud-ouest » (gestion des adventices par des paillages diversifiés pour les cultures hors-sol).

Des partenariats nouveaux et un résultat économique à améliorer

Les relations professionnelles en horticulture ornementale restent limitées car peu d’horticulteurs sont à proximité (seuls quelques partenaires historiques, souvent sur des marchés concurrentiels) ; le secteur du maraîchage bio se développe sur le département, une collaboration s’est installée avec le GAB 65 (Groupement en agriculture biologique départemental) pour accompagner de nouvelles perspectives de développement de l’exploitation horticole.

Avec les plants de légumes bio et les plants fleuris (Géranium, Surfinia…) associés aux produits complémentaires comme le paillage (écorces, copeaux de pin, pouzzolane, bâches), du terreau, de l’engrais et divers tuteurs, l’exploitation réalise 75 % de son chiffre d’affaire aux contacts des particuliers.

Faute de temps et de place, pour diminuer les charges, dues au chauffage, une partie des plantes fleuries est vendue en négoce, et les volumes produis baissent chaque année ; « L’exploitation est peu connue sur le territoire tarbais, et beaucoup de gens ne savent toujours pas que nous vendons aux particuliers », constate Ambroise Sarret, « des efforts d’affichage restent à faire, notamment à l’entrée de l’établissement ».

 « Récemment, le nouveau site internet de l’établissement permet de renforcer cet effort de communication, avec l’annonce de formations de greffage de fruitiers ouvertes au public, la participation à la fête des fleurs de Tarbes » ajoute-t-il.

Les professionnels du paysage et les maraîchers bénéficient de tarifs préférentiels sur la pépinière, l’augmentation des installations de proximité de maraîchers en agriculture biologique confortant les perspectives d’accroissement des ventes.

En complément, les mairies et divers établissements publics (lycées, collectivités…) achètent également des produits pour l’aménagement des espaces paysagers et fleuris de leurs communes, même si la baisse de ventes aux collectivités s’est accentuée ces dernières années, atténuée par la réalisation de chantiers-écoles organisés avec les élèves de la filière « aménagement paysager ».

A ce jour, la situation financière de l’exploitation reste préoccupante liée à la diminution chronique des ventes aux collectivités, aux professionnels et autres organismes. Les charges de personnel sont très prégnantes (55 % des charges en 2017) générant des difficultés de rentabilité, avec des investissements impossibles sur fonds propres », constate Ambroise Sarret, « l’APEX accordée par le conseil régional Occitanie permet cependant d’investir afin de maintenir du matériel de production adapté ».

Le soutien financier de l’établissement en versement de fonds au regard des surcoûts pédagogiques permet de limiter les déficits, l’exploitation consacrant 0.3 ETP à l’accompagnement pédagogique.

« Notre principale lacune reste en matière de communication » déclare David Cape, « mais nous y travaillons spécialement pour être encore plus lisible et expliciter nos engagements sur le territoire de notre établissement en réponse aux attentes des partenaires professionnels ! ».

Les 3 questions de fin

- De quoi êtes-vous le plus fier ? " De la réussite de la production en zéro phyto. "
- S’il fallait améliorer quelque chose ? " La situation financière et les liens à la pédagogie. "
- Un conseil à donner à un éventuel successeur ? " S’assurer d'avoir des compétences suffisantes en techniques horticoles. "

Chiffres de l’exploitation horticole de Tarbes (données 2018)

SAU : 1.34 hectares, dont 0.19 ha de surfaces couvertes (Serre et tunnels)

0.55 ha en pleine terre (arbres d’ornement et fruitiers principalement)

0.6 ha de cultures hors-sol (plantes en pots)

3.8 ETP (3 salariés à temps plein, et 1 salarié à 80 %)


Présentation de EPLEFPA Adriana de Tarbes et cadre de vie (Vidéo)

https://www.youtube.com/watch?v=J--NShyQU5o&feature=youtu.be


Contacts utiles / en savoir plus

EPLEFPA : Davis Cape, directeur d’établissement, david.cape@educagri.fr

Exploitation horticole : Ambroise Sarret, directeur, ambroise.sarret@educagri.fr

Enseignement : Sidonie Héraut, salariée agricole et référente pédagogique, sidonie.heraut@educagri.fr

Site internet de l’exploitation et les productions horticoles : http://epl-tarbes.fr/productions-horticoles/