Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Bressuire : un partenariat fort pour valoriser le patrimoine arboré

Février 2018– Claire Durox et Jean-Luc Toullec (animateurs Réso'them de l'enseignement agricole)

Au lycée agricole de Bressuire, le travail sur l'arbre et les haies mobilise toutes les filières de l'EPL, d'autres établissements du département et l’association Bocage Pays Branché. Les 18 km de haies et les arbres têtards, mieux gérés, produisent du bois (matériau et énergie) mais rendent aussi plus de services environnementaux et agronomiques, nécessaires sur les fermes de polyculture élevage.

Un projet mobilisant de nombreuses classes, au delà de l'établissement

"Avec ce projet autour des haies initié en 2016, nous sommes allés au delà de nos espérances en terme d'implication pédagogique, on a eu beaucoup de sollicitations." annonce avec satisfaction Etienne Berger, de l'association Bocage Pays Branché, un des partenaires clés de ce projet. " Déjà 33 séances et une centaine d'heures de formation réalisées en 2016-2017 avec cinq établissements du territoire" précise Laurent Couilleau, formateur au CFPPA et coordinateur de ce projet de transition agroécologique. L’objectif de ce projet est à la fois de co-construire un plan de valorisation des éléments arborés (diagnostic, plan de gestion) et de le valoriser (pédagogiquement et sur le territoire). Or, l'établissement est situé en plein coeur du Bocage Bressuirais et l’exploitation, qui produit des volailles, des ovins et bovins, est un support idéal pour les formations en production agricole et en aménagement. Marie Gazeau, une formatrice aujourd'hui installée agricultrice, a mené un travail de mobilisation des équipes pour inventorier les travaux pédagogiques possibles autour des haies : lectures de paysages et réflexion sur des scénarios d'évolution possibles, compréhension du rôle écologique et patrimonial de la haie, reconnaissance de végétaux, compréhension de l'impact anthropique et des politiques de protection et de réhabilitation, intérêt d'un bocage fonctionnel pour l'agrotourisme...

Les enseignants le disent : l'arbre et les haies sont des supports d'apprentissages riches, qui dépassent les disciplines et les filières de formation. Quatre maisons familiales et rurales proches ont également envoyé des classes pour des actions de sensibilisation au bocage voire d'entraînement au diagnostic.

- "Par exemple, avec les secondes en module EATDD*, on a eu une entrée sur les haies, les sols et les pollinisateurs" explique Pauline Viaud, formatrice en biologie-écologie à Bressuire. "A travers 7 séances d'environ 3h, ils ont comparé un sol de prairie et un sol sous une haie, ils se sont entraînés à manier une grille de détermination d'espèces, en n’oubliant pas l'ourlet herbeux au pied. Ils ont également vu des exemples de préservation du territoire à travers un chantier de plantation de haie mellifère proche du rucher école...".

- Un second exemple avec la MFR Sèvreurope : des BTS ACSE ont travaillé sur la trame verte et bleue et l'agroécologie. Ils sont venus étudier par groupe des tronçons de haies ; le directeur d'exploitation leur donnait le rôle principal attendu (brise vent, production de biomasse...) et les étudiants devaient faire le diagnostic de la haie et proposer des actions de gestion.

- "En filière aménagement paysager, c'est l'occasion d'élargir leur horizon, des haies ornementales urbaines aux haies champêtres, et d'apprendre à entretenir des arbres têtards, à recéper ou restaurer des haies..." ajoute le formateur Edouard Fuzeau.

- Même des filières service ou analyse de laboratoire ont pu participer, via la découverte du paysage bocager dans des approches rurales ou via la contribution à la création du logo du projet rebaptisé "VIE2A" pour "valorisation et innovation autour des éléments arborés en agriculture".

Zoom sur un partenaire : Bocage Pays Branché

Bocage Pays Branché (BPB) est une association fondée en 1996 travaillant dans le Bocage Bressuirais et aux alentours. Ses missions concernent l'étude et la préservation du paysage de bocage. Elle est partenaire d'un réseau national AFAC-Agroforesteries sur les haies et arbres champêtres. Acteur clé du projet porté par l'établissement, l'équipe amène son expertise et ses méthodes pour le diagnostic du patrimoine arboré, les conseils de gestion et propositions de démonstration, ainsi que son savoir faire d'animation et d'éducation à l'environnement. Elle apporte aussi des repères sur la sécurité et la rentabilité des chantiers, un savoir faire de médiation entre acteurs agricoles, naturalistes et collectivités... L’installation de l’association dans les locaux de l'établissement de Bressuire facilite cette proximité de travail et fait du domaine de l'exploitation un laboratoire à ciel ouvert.

Un travail structuré sur le patrimoine arboré pour une gestion plus durable

Pour expliquer les diverses origines du projet et leviers d'action mobilisés, Arnaud Oble raconte : "je suis directeur de l'exploitation agricole depuis 2004. On a beaucoup planté de haies au début, et même dans le contrat territorial d'exploitation puis le contrat d'agriculture durable, on avait eu des premiers plans de gestion. Mais ils n'ont pas été bien suivis : les pratiques selon les intervenants étaient différentes et ont pénalisé certains arbres têtards ; certaines haies étaient taillées trop étroitement ou trop basses, et depuis 7-8 ans il y avait un déficit d'entretien". Dans l'historique également, la réflexion sur la place des arbres dans le système a avancé via un projet sur l'aménagement des parcours volailles (casdar Parcours volailles 2011-2014) et qui se prolonge aujourd'hui par une étude des services écosystémiques qu'ils apportent (casdar Bouquet 2016-2020). L'établissement est en effet dans une logique de démonstration-expérimentation depuis environ 2010 sur différents thèmes en élevage, en tant que partenaire de diverses structures nationales ou plus locales, et a souhaité animer son propre projet. Deux éléments facilitateurs sont à noter :

- le poste de Laurent Couilleau, formateur à mi-temps au CFPAA et qui grâce à ces diverses études, bénéficie d'un mi-temps d'ingénierie pour aider le directeur d'exploitation à répondre à des appels à projets puis à leur animation. Les salariés ont aussi une culture de contribution à ces essais / démonstrations.

- la participation à un groupe de travail national dans l'enseignement agricole sur les haies et plans de gestion a contribué en 2016 à la réflexion sur le contenu des actions.

Par contre, l'exploitation a dû traverser une difficulté foncière vers 2013-2014 : "on a perdu, dans la révision du PLU* de la commune, un tiers de la SAU (30 ha de bonnes terres, où un gros travail de drainage, d'irrigation et de gestion des haies avait été mené) et on a récupéré 40 ha mais de sol plus pauvre et avec peu de haies et vieillissantes (beaucoup de trouées)" détaille Arnaud.

Ces différents éléments de contexte, puis l'arrivée en février 2016 de l'association "Bocage Pays Branché" sur le siège de l'exploitation, ont accéléré la mise en oeuvre de ce projet (mi 2016 -mi 2019) sur la valorisation pédagogique et territoriale du patrimoine arboré de la ferme.

Quatre actions programmées dont le diagnostic finalisé en 2017

Le projet comporte une phase de diagnostic du patrimoine arboré qui a permis de travailler sur la typologie des haies présentes, leur état sanitaire, leur niveau de connectivité... Bocage Pays Branché, qui pilote cette partie, a fini d'identifier les objectifs prioritaires pour la conduite de chaque haie, discutés avec l'équipe de l'exploitation : production de bois, biodiversité, qualité de l'eau, brise-vent, confort du bétail, maintien du sol, paysage, limite de parcelle, conservation de variétés fruitières, ombrage. « Nous tenons compte de l’ensemble de ces fonctions des haies tout en faisant une focale sur le bois énergie, avec proposition de cycles de prélèvements cohérents dans le temps et dans l’espace » précise Etienne Berger. « Nous avons aussi mené des inventaires biodiversité non exhaustifs et par exemple quelques haies spécifiques seront conduites différemment pour maintenir un buissonnant floral favorable au pollinisateurs ». Les fiches de gestion arriveront début 2018. L'observatoire photographique est mis en place (voir encart).

Un observatoire photographique du paysage : pourquoi ? comment ?

Sur une suggestion de Bocage Pays Branché et en lien avec le Conservatoire Régional des Espaces Naturels, l'exploitation met en place 10 points sur la ferme où des prises de vue sont faites régulièrement. Critères de choix : facilité d'accès ; illustrer les divers types de paysages, de haies, d'arbres têtards, de ripisylves... ; suivre l'évolution des zones replantées ou restaurées... Un guide d'aide à la photographie précise de manière rigoureuse le cadrage à reproduire, les périodes attendues, afin de faciliter la comparaison dans le temps. "Le piège serait de tomber dans de la recherche d'esthétique, ce qui n'est pas l'objectif ici" souligne Etienne Berger. Pour l'instant, l'association a initié la démarche, l'idée étant que l'équipe de l'établissement puisse le continuer. Voir le document.

La deuxième partie du projet est la mise en oeuvre du plan de gestion, qui a commencé dès la première année en 2017 : des chantiers urgents de recépage, d'entretien de têtard, de plantation ont été menés. Certaines actions visaient surtout à mobiliser (le plessage - technique traditionnelle de taille de haie vive avec un tressage des branches -, la construction de barrières en châtaignier, des lectures de paysage...).

Le troisième axe est l'échange et la communication sur ce projet VIE2A "valorisation et innovation autour des éléments arborés en agriculture". Il y a un enjeu à capitaliser cela, avec un relai à trouver suite au départ de la formatrice en charge de cette animation pédagogique dans l'établissement.

Le dernier axe du projet concerne la restitution et valorisation des résultats dans le territoire. Arnaud et l'équipe de BPB envisagent un sentier d'interprétation, des formations pour les agriculteurs sur l'usage de copeaux en litière, des journées de démonstration...

Un volet culturel et patrimonial avec des chantiers intergénérationnels

Des actions concrètes dès la première année ont été proposées aux classes, permettant des rencontres riches avec des personnes d'expérience. Des élèves ont réalisé des barrières traditionnelles en châtaigner avec l'appui de l'Association Entrelacs, (des Herbiers, 85) qui sauvegarde des gestes et savoirs à partir de plantes ; c'est une solution "moderne" possible pour répondre aux enjeux de durabilité et d'insertion paysagère, plutôt que des barbelés ou du métal. En 2017, pour mieux voir le "circuit court" du bois, les élèves iront même assister à la coupe de l'arbre avec leur formateur Edouard Fuzeau ! Egalement, les jeunes ont découvert le plessage de haies, qui ne sert plus tellement pour l'effet de clôture aujourd'hui mais permet de travailler de nombreuses notions : génie écologique, dimension esthétique et patrimoniale du bocage, biodiversité... "Les jeunes doivent réinvestir des connaissances en physiologie des végétaux pour par exemple renouveler la lumière dans la haie. Ces temps forts avec des anciens développent leur sens des responsabilités, la solidarité, la coordination en équipe" détaille Etienne Berger.

Les orientations de gestion du patrimoine arboré

"L'exploitation a 18 km de haies, soit une densité de 144 ml/ha ; on pourra vendre environ 50 MAP (mètres cubes apparent plaquettes) par an" poursuit Arnaud. Bocage Pays Branché leur a fourni diverses cartes permettant un dialogue avec les salariés qui assurent l’entretien : typologie et état des haies ; épaisseur ; préconisations de récolte ; périodes d'intervention plus ou moins urgente (où élargir, où laisser monter les haies, où mettre en défend contre le bétail, où replanter pour améliorer le maillage et tester des essences adaptées au changement climatique... ). Arnaud ajoute " J'ai appris qu'il ne faut pas toujours viser 3 strates partout, que ce ne sont pas forcément les plus vieilles haies à gérer d'abord car il y a des cycles sylvicoles, des classes d'âge à renouveler...". Etienne insiste sur le gros atout de pouvoir dialoguer avec les salariés au quotidien, alors que jusque là ils entretenaient les haies avec le broyeur durant une semaine sur 90 ha et passaient 2-3 jours sur le nettoyage des clôtures électriques. "On cherche des astuces pour leur faire gagner du temps et c'est essentiel qu'ils comprennent les vocations différentes de chaque haie".

"Finalement", conclue-t-il, "les fonds du casdar permettent une plus grande implication pédagogique du partenaire, et une plus grande montée en compétence de l'équipe de l'établissement". "En tout cas," constate Pauline, "les élèves disent moins qu'il y a 5 ans que les haies ne servent à rien, ils posent des questions beaucoup plus techniques et ouvertes."

Chiffres clés de l'exploitation

  • SAU : 90 ha en polyculture élevage, dont 14 ha en bio ; 95 % en prairie (2ha de luzerne, 4 ha de céréales / Méteils)
  • 50 vaches allaitantes (Rouges des prés / AOP Maine Anjou) et la suite
  • 200 brebis vendéennes et la suite (pâturage tournant dynamique, agneaux Label Rouge)
  • Une station d'évaluation de taureaux reproducteurs charolais
  • Un atelier d'engraissement de bovins (72 places en expérimentation)
  • Un atelier de volailles biologiques (16 000 / an)
  • Main d’oeuvre : 3 salariés soit 2,5 ETP + le formateur du CFPPA à 0,5 ETP pour le suivi des projets recherche et développement, le directeur d'exploitation
  • CA 2016 : 370 000 €

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MAA - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP