Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Les documents présentés lors des interrégionales

Synthèse des bilans à mi-parcours des programmes régionaux enseigner à produire autrement

Conférence sur la conservation des sols

Bilan de la situation des exploitations et ateliers

Glyphosate et conservation des sols : retour sur trois jours d'échanges

Glyphosate et conservation des sols : une question vive dans les exploitations de l'enseignement agricole

Décembre 2017 - Jean-Marie Morin et Bertrand Minaud (animateurs Réso'them de l'enseignement agricole)

Dans les médias la polémique sur l'autorisation de la reconduction du glyphosate par l'Union Européenne bat son plein. Que penser de l'usage de cette molécule classée « cancérigène probable » par l'OMS ? Faut-il avoir un regard particulier sur la question dans les fermes des lycées ? Et si son usage devait être stoppé, comment faire sans ? Entre regards sociétaux et transition agro-écologique, nous vous proposons une immersion au cœur des échanges entre les participants, directeurs d'exploitations mais aussi enseignants et directeurs d'établissements.

Après le directeur de l'établissement, c'est le maire de la commune de Magnac-Laval, Jean-Bernard Jarry qui nous accueille en délivrant un message aux participants : « le glyphosate n’est plus utilisé dans la commune. Il devrait à l'avenir être moins utilisé dans les fermes. Préserver l’environnement est un enjeu pour vous ». Le message est clair : glyphosate et protection de l'environnement ne feraient pas bon ménage.

 Glyphosate et conservation des sols

Par leurs impacts connus sur les milieux et sur la santé des êtres vivants, l'usage des produits phytosanitaires est l'une des problématiques à laquelle doit répondre l'agriculture pour aller vers des systèmes plus agro-écologiques. La consommation énergétique, les émissions des gaz à effet de serre et le stockage du carbone, la conservation des sols sont d'autres thématiques qui sont regardées dans la perspective de ces transitions. Assez largement partagée chez les directeurs des fermes de lycée, la question de la conservation des sols constitue une sorte de « fil rouge » pour ces rencontres. 

 Selon l'APAD, l'agriculture de conservation « est un système de production agro-écologique qui s'inspire de la nature, en plaçant le sol au coeur du système, pour produire efficacement et durablement ». Alfred Gassler, lors de sa conférence, rappelle que le sol est la base de la vie sur terre ; il s'agit de le nourrir et de le protéger par des couverts végétaux présents en permanence sur les parcelles et aucun travail du sol : « Il faut semer la culture suivante au plus tard le jour de la récolte ou de la destruction de la culture précédente ».

Mais qui dit destruction des plantes indésirables de la culture précédente dit « glyphosate » dans la plupart des cas.

A un participant qui l'interroge sur l'impact d'une éventuelle suppression de l'usage de ce désherbant dans ces systèmes, Alfred Gassler estime que « ce serait compliqué, mais plus facile qu’en bio ».

La visite de l'exploitation de M. Senon, référence locale dans le GIEE de Rancon pour la conservation des sols, confirme cette problématique : son système sans labour, en polyculture élevage de vaches allaitantes, privilégie les couverts végétaux systématiques et productifs, mais en désherbant chimiquement. Mais ce n’est pour lui qu’une étape, et il envisage le passage en bio comme une suite logique de sa démarche de protection des sols.

Glyphosate et fermes de l'enseignement agricole

Alors, sur les fermes de lycées agricoles, quel chemin prend-on ? Dans certaines, comme les exploitations de l'EPLEFPA Limoges Les Vaseix Nord Haute-Vienne qui nous accueille pour ces rencontres, des pratiques de conservation des sols commencent à se développer, mais presque toujours avec l'usage du défoliant controversé. C'est un nouvel apprentissage pour tous ceux qui travaillent sur ces fermes : il faut se former, observer, s'adapter à son contexte. Les expériences de semis sous couverts vivants dans les fermes bio de Sabres (Landes) ou Coutances (Manche) sont révélatrices des difficultés techniques et d'apprentissage qui nous attendent. Mais les directeurs d'exploitations le sentent bien, tout en cherchant la viabilité économique des systèmes, il va falloir répondre à ces enjeux sociétaux et environnementaux, pour former les actifs agricoles de demain.

Il va donc être nécessaire de prendre des risques, de tester de nouveaux itinéraires. Yvan Lobjoie, directeur régional de l'agriculture Nouvelle Aquitaine rappelle la nécessité pour ces fermes de « mesurer le risque et produire de nouvelles références ». En conclusion des rencontres, Daniel Pezzin, chef du service régional formation développement de la DRAAF Centre-Val-de-Loire confirme ces propos : « on n'en est plus à une attente d’une exploitation représentative du territoire ; il y a une reconnaissance par la profession du côté expérimental ».

Se passer du glyphosate et autres désherbants tout en préservant les sols, c'est possible : la visite réalisée lors des rencontres des DEA/DAT d’Obernai chez Friedrich Wenz en Allemagne, « 25 ans de non labour en bio ! », l'a démontré. Mais il reste beaucoup à apprendre... par la mise en pratique et l'adaptation aux contextes locaux