Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Lozère : des poissons nourrissent des légumes dans un lycée aquacole !

Juin 2016 - Régis Triollet (animateur du réseau thématique DGER "Horticulture et Paysage")

Aux confins des terres du Gévaudan, sur le site de La Canourgue de l'EPLEFPA de la Lozère*l’enseignante Catherine Lejolivet expérimente l’aquaponie* en produisant des poissons et des légumes sous un tunnel horticole professionnel.

Rencontre entre « horticulture et aquaculture » pour expérimenter et produire autrement.

Infos complémentaires

Catherine Lejolivet a bénéficié de 2011 à 2015 d'une décharge horaire de
6 h. par semaine pour concevoir et mettre en oeuvre ce projet.

Décharge horaire permise par le dispositif DGER
"Tiers-temps"

Lauréat lors d’un appel à projet "Innovation et partenariat" du ministère de l’agriculture, pour une candidature déposé par ITAVI* avec l’appui de Catherine Lejolivet "cheville ouvrière dans l’émergence du dossier", le CIRAD* (Montpellier), la station aquacole de la PEIMA INRA* et ASTREDHOR* (station Ratho en Rhône-Alpes), ce projet est inauguré à La Canourgue officiellement en juillet 2015. Cette inauguration a permis de réunir des partenaires professionnels des filières horticoles et piscicoles, des autorités locales et de l’état.

Les nouvelles installations d’expérimentation - développement APIVA* (AquaPonie : Innovation Végétale et Aquaculture) - sont constituées de 400 m² de tunnel froid "double parois" équipé de tables à marée* et de bassins de culture.

Non rattaché à l’exploitation piscicole de l’établissement, ce tunnel horticole situé aux abords du lycée est exposé plein sud et remarquablement intégré dans un paysage de terrasses ensauvagées, couplé à une unité de production piscicole gérée en système re-circulé. Ne nécessitant que 300 litres journaliers par kg d'aliment distribué, ce système limite très fortement les prélèvements et les rejets d’eau dans l’environnement.

Cette unité aquacole offre un volume d'élevage de 15m3 pouvant contenir 600 kg de poissons grâce à une unité "high-tech" de traitement de l'eau.

Un équipement horticole et piscicole professionnel au lycée agricole de La Canourgue (photo : C. Lejolivet)
Agrandir...

Des modes de culture diversifiés et des productions remarquables de légumes.

Dès l’été 2015, les cultures de légumes s’installent, des salades poussent sur les rafts* flottants et les boutures racinées de cresson couvrent le fond des bassins de culture : les productions horticoles se diversifient à l’automne, avec l’arrivée des premiers plants de fraisiers disposés sur les tables à marée pour passer l'hiver. Les quantités de légumes cultivés suivent la montée en puissance des bassins de production de poissons. Catherine Lejolivet précise : "On teste ici les ratios : quantité d'aliment par surface de production horticole et par densité de plantation".

Pour nourrir toutes ces plantes, seuls une partie des fèces, l'azote organique branchial (ammoniacal NH4+) et l'urine des poissons grâce au concours des bactéries minéralisatrices (du lit biologique de l’installation) alimentent les végétaux cultivés. Un léger apport ponctuel de fer organique chélaté* permet de limiter les chloroses ferriques* incontournables. Les cultures de fraisiers sur les tables à marées bénéficient de substrat constitué de mélanges expérimentaux, ensemencés de rhizobiums ou de bactéries pour certains (biotisé), avec des contenants diversifiés (Pots, sac de toile et poche plastique perforée). La protection biologique intégrée et les apports ponctuels de répulsifs issus de décoction à base de plantes naturelles permettent de réguler raisonnablement les ravageurs et les maladies en développement.

Avec l’arrivée du printemps, les températures plus clémentes et le soleil généreux favorisent la croissance des végétaux sous un tunnel rempli de jeunes légumes. La récolte de salades et de fraises abondent en quelques semaines : "En débutant la journée à 6h30 sous le tunnel, j’arrive tout juste à tout récolter avant l’arrivée du soleil chaud de midi !", annonce Catherine Lejolivet devant des kilogrammes de fraises et de salades, des légumes frais prêts à être consommés.

Des truites...
Agrandir
du cresson...
Agrandir
des fraises...
Agrandir
et des salades sur le marché local ! (C Lejolivet)
Agrandir

Des élèves et des stagiaires engagés avec leur enseignante très investie, pour enseigner à produire autrement.

Séquence d’analyse sensorielle des fraises récoltées et dégustées en atelier avec les élèves (C. Lejolivet)
Agrandir...

Dans cette expérimentation conduite jusqu’au printemps 2017, c’est l’ensemble des acteurs de la formation du lycée et plus largement les personnels de la restauration au travers des consommations ponctuelles de ces produits horticoles, qui œuvrent à la valorisation pédagogique des travaux réalisés. Lors des applications pratiques, les apprenants, futurs professionnels des métiers de l’horticulture et de l’aquaculture, s’investissent quotidiennement deux heures par jour.  Ils travaillent en binôme matin et soir ainsi que pendant les vacances scolaires. Un module d'initiative local de formation optionnel sert de cadre pédagogique aux apprentissages et les met en contact des productions horticoles et piscicoles.

Des séquences encadrées d’initiation à l'analyse sensorielle sont proposées aux étudiants. Les fraises sont analysées, avec des exercices permettant de caractériser les goûts et les saveurs. "Les étudiants sont ravis de pouvoir joindre l’utile à l’agréable, après avoir contribué aux travaux de récolte", ajoute Catherine Lejolivet avec enthousiasme, "d'autant que ces fraises sont à tomber... Un véritable régal pour les papilles !".

Chiffres clés de l'exploitation

  • Productions : Oeufs, alevins (en AB), truites Arc en Ciel et truites Fario
  • Salariés : 2,75 ETP dont 2 salariés permanents
  • CA 2014 : 84 000 €

Contacts utiles