Projet d'animation et de développement des territoires des établissements publics de l'enseignement agricole

Santé des élevages à Tulle : prévenir plutôt que guérir !

Juin 2016 - Bertand Minaud et Emmanuelle Zanchi (animateur et animatrice de réseau thématique DGER)

Au lycée agricole de Tulle-Naves en Corrèze, limiter l’usage des médicaments passe par une phase de diagnostic et de tests d’actions de prévention. C’est l’objectif du projet baptisé « Red’Al » (Réduire les traitements allopathiques en élevage) porté par l’établissement qui vise à mieux apprécier l’état sanitaire des troupeaux bovins et porcins et à prévenir tout déséquilibre de leur état de santé. 

La bio testée par la ferme du lycée dès 1999 et généralisée à l’ensemble des activités depuis 2012
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Réduire l’utilisation des antibiotiques vétérinaires, c’est possible !
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Risque important de parasitisme pour ces jeunes reproducteurs au pâturage.

Regards croisés et auto-diagnostic

En février et avril 2015, beaucoup d’agitation dans l’exploitation du lycée : un groupe très diversifié visite la ferme pour réaliser un diagnostic global de l’état sanitaire du troupeau. Il est composé de quatre vétérinaires partenaires habituels de la ferme mais de "sensibilités" différentes, de l’équipe de l’exploitation, des enseignants de l’établissement et des étudiants BTS productions animales et ACSE*. Rapidement, des points critiques pour la santé de l’élevage bovin sont identifiés : réguler l’humidité dans un bâtiment destiné aux bovins et veiller à distribuer les fourrages grossiers avant les concentrés pour favoriser la rumination. Noémie Ouvrard, cheffe de projet, note que "...les vétérinaires portent sensiblement le même diagnostic mais ne sont pas d’accord sur les leviers prioritaires à actionner pour améliorer la situation . L’un privilégie la conduite de l’alimentation alors qu’un autre va se centrer sur les conditions de mise bas."

La phase de diagnostic passe aussi par la création d’une base de données sur les élevages, données jusque-là disséminées entre des logiciels professionnels et des cahiers de travaux journaliers. Dans le cadre de leur stage de fin d’études, en licence professionnelle pour l’une et en formation ingénieur à VetaAgrosup pour l’autre, Marjorie Rondel et Nina Leuci ont rassemblé des informations relatives à 1400 animaux, à 1700 événements sanitaires survenus ces dix dernières années ! Gigantesque travail permettant de repérer les principales pathologies rencontrées (diarrhées néonatales, syndromes respiratoires, panaris et kératites) et les traitements utilisés parmi lesquels les antibiotiques dit "critiques *" qu’il convient d’exclure au plus vite.

Pour tenter de caractériser un troupeau en équilibre de santé, Nina va chercher à relier les données de santé à l’ensemble des autres paramètres de l’élevage recensés dans la base (poids de naissance des animaux, période de pâturage, …). Pour Hervé Longy, directeur de la ferme, « le fait d’avoir construit le projet Red’Al a grandement facilité notre intégration dans "Otoveil*" qui est un autre projet de recherche et développement en santé animale en bio coordonné par l’ITAB*.

L’ensemble de ces travaux doit servir de socle à la construction d’un outil d’auto-diagnostic sur la santé des élevages se basant sur des indicateurs objectifs. Cet auto-diagnostic sera testé en élevages par des techniciens, des éleveurs et des étudiants de BTS. 

Des produits naturels pour conforter la santé

Accès permanent à l’argile pour les porcelets en maternité

Le passage progressif de l’ensemble de la ferme en bio a nécessité une première adaptation des pratiques privilégiant les actions préventives. L’usage de produits à base de plantes et autres argiles n’est pas nouveau dans cette ferme. Chaque mois, Pauline Legrand, responsable de l’atelier porcin, utilise ainsi une tonne d’argile pour prévenir les diarrhées. Mise à disposition dans les cases, porcelets et truies la consomme directement selon leurs besoins. Sur les troupeaux bovin et porcin, les salariés de l’exploitation utilisent des probiotiques pour aider à l’ensemencement d’une flore intestinale protectrice à tous les nouveaux nés…

Avec les partenaires du projet, des compléments alimentaires à base de plantes aromatiques (origan, girofle, …) favorisant le maintien de la santé et leurs protocoles d’utilisation sont testés. "Les doses utilisées pour renforcer l'immunité avant mise bas ont été divisées par trois et donnent un meilleur résultat" explique Pauline. Les résultats permettront de compléter les références technico-économiques déjà disponibles.

Hervé Longy, directeur de la ferme, est très impliqué dans de nombreux projets de recherche et développement
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Journées techniques et formations pour partager

Ce printemps, à l’initiative de l’équipe projet et animée par Gilles Grosmond, vétérinaire partenaire du projet, une session de formation sur la santé animale destinée à des personnels du Ministère de l’Agriculture a réuni 25 personnes pendant deux jours. En majorité enseignants, mais aussi personnels des services déconcentrés, les participants ont plébiscité ce temps de formation et ont demandé à poursuivre cette action.

Une journée technique professionnelle est envisagée en 2016/2017 et un module d’initiative locale « Santé animale » sera proposé aux étudiants de BTS ACSE. Reste à imaginer comment impliquer d’autres collègues de l’enseignement agricole.

Changements de regards sur la santé animale

Hervé Longy, directeur de la ferme bio du lycée de Naves, note avec satisfaction qu’à mi-parcours le travail collectif mené dans le projet est déjà très intéressant : "notre vétérinaire sanitaire m’a dit qu’il a pu lever le nez du guidon, qu’il s’est posé des questions sur ses pratiques". Même tendance constatée avec le vétérinaire breton qui suit l’élevage porcin. "On a pu démontrer l’importance de la qualité de l’information collectée et du respect de protocoles sanitaires, vaccinaux, alimentaires à la ferme". Les salariés se forment et apprennent à regarder différemment les troupeaux, à noter les signes précurseurs de déséquilibres. La diminution des quantités d’antibiotiques et autres médicaments en fin de projet sera une autre manière de démontrer l’intérêt de ce projet.

Chiffres clés de l'exploitation

  • Surface totale : 225 ha en agriculture biologique répartis sur 9 sites
  • 120 ha de prairies permanentes et 70 de prairies temporaires
  • 25 ha de cultures de céréales et protéagineux destinées à l’alimentation des bovins
  • 120 vaches allaitantes de race Limousine en sélection
  • Vente de veaux de lait et veaux rosés, vaches de réforme, reproducteurs
  • 56 truies en système naisseur-engraisseur
  • Vente d’environ 1000 porcs charcutiers par an
  • 6 juments de race Bretonne
  • Commercialisation des animaux de boucherie par la SICA Pré vert (Coopérative bio) et vente directe pour une petite part
  • 5 salariés pour 4 équivalent temps-pleins

Contacts utiles

MAAF - DGER - SDRICI - BDAPI

1 ter avenue de Lowendal, 75700 Paris 07 SP